L’utilitarisme
Le bonheur de tous dans la balance
L’utilitarisme
Le bonheur de tous dans la balance Une ville dispose d’un budget limité. Elle peut créer un jardin, améliorer un accès ou réparer un équipement. Chaque choix apporte des bénéfices et laisse certains besoins sans réponse.
L’utilitarisme propose d’évaluer les actions par leurs conséquences sur le bien-être de tous les êtres concernés. L’idée paraît simple. Dès qu’on essaie de comparer des joies, des souffrances et des droits, elle devient une aventure exigeante.
Une morale qui veut réformer
Contexte : industrialisation britannique ; règne de Victoria de 1837 à 1901. En France, révolutions, empires et monarchies se succèdent ; la Savoie et Nice sont rattachées en 1860.
Bentham : compter les effets
Bentham invite à considérer l’intensité, la durée, la probabilité et l’étendue des plaisirs et des peines qu’une action peut produire.
L’effort est impartial : le bonheur d’une personne ne compte pas davantage simplement parce qu’elle est riche, puissante ou proche de nous.
Ce programme force à regarder les conséquences concrètes d’une règle. Mais mesurer une souffrance et la comparer à celle d’un autre est difficile. La précision d’un tableau ne rend pas automatiquement exactes ses estimations.
Bentham inclut la capacité de souffrir dans la considération morale, ce qui donne une place aux animaux. Cela ne signifie pas que toutes les situations deviennent faciles à additionner. Il faut déterminer les effets pertinents, leur probabilité et les personnes ou êtres concernés. L’incertitude porte donc sur les données autant que sur le critère moral lui-même.
Mill : la qualité des plaisirs
Mill défend l’utilitarisme tout en modifiant l’approche de Bentham. Il distingue la qualité des plaisirs, et pas seulement leur quantité. Les activités de l’intelligence, de l’imagination et des sentiments peuvent avoir une valeur supérieure. Il fait appel au jugement de personnes ayant l’expérience des plaisirs comparés. Cette idée donne une place à la culture et au développement des capacités. Elle soulève aussi une objection : qui peut décider de la qualité d’une vie pour quelqu’un d’autre ? La distinction entre plaisirs supérieurs et inférieurs ne revient pas à mépriser tout plaisir sensible. Mill cherche à rendre compte de préférences réfléchies chez ceux qui connaissent les deux expériences. Mais le statut des juges compétents et le risque de hiérarchie culturelle restent discutés. Le débat porte sur la possibilité de comparer le bien-être sans imposer arbitrairement un modèle unique.
Chaque personne compte
Une décision utilitariste ne doit pas seulement favoriser celui qui décide ou son entourage. Elle examine les conséquences pour tous les intéressés.
Cette impartialité peut élargir le regard : les personnes éloignées, peu visibles ou sans pouvoir doivent aussi être prises en compte.
Mais elle devient exigeante lorsque le bien-être total semble demander un sacrifice personnel important. Le courant doit alors expliquer quelle place il laisse aux engagements particuliers, à la famille et aux projets de chacun.
L’objection de l’exigence excessive demande si la morale peut nous obliger à consacrer presque toutes nos ressources à produire le plus grand bien.
D’autres objections concernent l’intégrité personnelle et la fidélité aux proches.
Les utilitaristes proposent différentes réponses, notamment en tenant compte des conséquences d’une règle trop exigeante sur la motivation et la coopération à long terme.
Le problème du sacrifice
Les effets Le sacrifice La justice Imaginons qu’accuser un innocent apaise une foule et évite des troubles. Un calcul étroit pourrait sembler favorable, mais il ferait payer à une personne un prix profondément injuste.
L’utilitarisme doit répondre à cette objection. Il peut invoquer les effets durables : peur, perte de confiance et fragilité des protections juridiques.
Ses adversaires demandent cependant si certains droits doivent être respectés même lorsqu’un calcul de conséquences paraît recommander de les violer.
Les distinctions entre utilitarisme de l’acte et de la règle éclairent ce débat. Le premier évalue les actes particuliers ; le second examine les règles dont l’adoption aurait les meilleures conséquences. Les frontières et les interprétations de Mill sont discutées. Il ne faut pas présenter la règle comme une solution magique : des cas difficiles peuvent réapparaître au niveau du choix des règles.
Un outil puissant, un critère discuté
Il est utile pour comparer des choix, mais une évaluation économique n’est pas automatiquement une justification morale complète. Mettre un chiffre sur un effet ne règle pas la question de ce qui mérite d’être compté.
La rencontre avec Kant et les morales des vertus permet de confronter conséquences, respect des personnes et qualité du caractère.
Une analyse honnête distingue conséquences réelles et conséquences raisonnablement prévisibles au moment de décider. Une décision prudente peut mal tourner ; une décision irresponsable peut réussir par chance. Cette distinction oblige à préciser ce que l’on évalue : le résultat, le choix disponible ou la responsabilité de l’agent. Le débat utilitariste contemporain développe plusieurs réponses.
Le calcul ne choisit pas ses valeurs
Une feuille de calcul peut additionner des montants. Elle ne décide pas seule comment comparer une douleur, une possibilité d’apprendre et une liberté. Les valeurs, les unités et les pondérations doivent être justifiées. L’utilitarisme donne un critère général, mais sa mise en pratique rencontre des problèmes de mesure et d’information. Reconnaître ces limites ne rend pas l’examen des conséquences inutile : cela impose de rendre les hypothèses visibles.
La confiance comme conséquence
Une promesse tenue peut avoir un coût immédiat et soutenir une coopération durable. Une promesse trahie peut rapporter aujourd’hui et détruire la confiance demain. L’analyse utilitariste doit donc dépasser le résultat le plus proche. Pourtant, si elle respecte une promesse seulement pour ses conséquences, sa justification demeure différente de celle d’une morale qui reconnaît au devoir une force propre. Les mêmes règles peuvent être défendues pour des raisons concurrentes.
Le parc ou l’accès
Les bénéfices sont de nature et d’intensité différentes.
Dresse une liste des personnes concernées, des besoins, des effets durables et des informations manquantes. Ne réduis pas immédiatement la décision au nombre d’usagers.
Compare une approche par les conséquences et une approche par les droits.
Recherche ensuite une troisième option, un phasage ou une conception différente qui réduirait le conflit.
Le défi final
Réponds avant de lire les solutions. Pour les questions de réflexion, plusieurs arguments peuvent être recevables.
Les réponses
1. Le conséquentialisme est la famille plus large ; l’utilitarisme définit le bien à maximiser en termes de bien-être, de plaisir ou selon certaines variantes. 2. La maximisation globale pourrait sembler justifier une atteinte injuste à une personne ; les effets durables et les droits sont alors discutés. 3. Un gain proche peut produire des pertes durables ; les effets prévus ne sont pas tous certains ni également probables. 4. Non. Il faut distinguer résultat heureux par chance et choix raisonnablement justifié avec les informations disponibles.