Abel Tasman
Abel Tasman
La chaloupe est tout près de la plage, et pourtant elle ne peut pas accoster. Chaque vague menace de la retourner. À son bord, on a préparé un pavillon qu’il faut dresser à terre. Tasman a des navires, des pilotes et des ordres écrits. Pour franchir ces derniers mètres, il lui faut un homme qui sache nager.
En 1642, le Heemskerck et le Zeehaen quittent Batavia, aujourd’hui Jakarta. Le pilote Frans Visscher aide à choisir la route, Isaac Gilsemans dessine les côtes, et Tasman commande. À leur retour, les navires auront reconnu des terres que les cartes européennes représentaient encore très mal.
Une compagnie veut savoir
En 1642, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales confie deux navires à Abel Tasman. Depuis Batavia, l’actuelle Jakarta, il doit explorer les mers australes. La question est pratique : quelles terres et quelles routes pourraient servir le commerce ? Un marin peut connaître son navire jusque dans ses moindres cordages et ignorer quelle terre se trouve à plusieurs semaines de voile.
La compagnie possède des moyens militaires et politiques. Elle ne se contente pas d’acheter des marchandises.
Vers les mers froides
Après une escale à l’île Maurice, les navires gagnent le sud puis mettent le cap à l’est. Le froid et les vents imposent leur loi. Tasman doit choisir sa route dans une région très mal connue des navigateurs européens. En descendant vers le sud, les équipages doivent garder assez de réserves pour chercher leur route de retour.
Une grande traversée consiste souvent à équilibrer ambition et limites matérielles plutôt qu’à suivre une ligne prévue sans changement.
Une île porte un autre nom
En novembre 1642, Tasman aperçoit la terre qu’il nomme Van Diemen, en l’honneur du gouverneur de Batavia. Nous l’appelons aujourd’hui Tasmanie. L’île a cependant des habitants et une histoire bien antérieurs au passage de ses navires. Sur une même côte, on distingue parfois une plage qui semble facile à atteindre et des brisants qui découragent les plus hardis.
Il ne réalise pas une exploration complète de ses côtes. Son observation ouvre un chapitre de la connaissance européenne de la région.
Une perche à travers les vagues
Le 3 décembre 1642, le charpentier franchit les brisants de Tasmanie à la nage. À terre, il dresse le pavillon près d’arbres que ses compagnons pourront reconnaître depuis l’eau. Puis il reprend le chemin de la chaloupe. Les vagues sont toujours si fortes qu’on renonce à embarquer les végétaux espérés.
Tasman décrit le groupe d’arbres en détail. Leur position doit rendre l’endroit reconnaissable à un autre marin.
Une rencontre tourne au combat
En décembre, Tasman atteint la Nouvelle-Zélande. Une rencontre avec des Māori débouche sur des violences, au cours desquelles quatre marins néerlandais sont tués. Il repart sans effectuer de débarquement durable. L’histoire commence par une incompréhension tragique. Une petite embarcation néerlandaise se trouve entre les deux vaisseaux quand les événements s’aggravent. Quatre marins sont tués dans la baie aujourd’hui appelée Golden Bay.
Les habitants défendent un espace qui leur appartient. Les visiteurs ne comprennent pas nécessairement le sens des gestes qu’ils observent.
Le tour continue
La route se poursuit vers Tonga, puis près de Fidji, avant le retour à Batavia. Toutes les rencontres ne ressemblent pas à celle de Nouvelle-Zélande. Les possibilités d’échange et les conditions de débarquement varient d’une île à l’autre. Les insulaires possèdent les aliments et l’eau que cherchent les équipages. Le succès d’une escale dépend ici des conditions d’échange.
Les mers traversées sont habitées, parcourues et connues des populations océaniennes depuis longtemps.
Dessiner l’horizon
Pour Isaac Gilsemans, une montagne n’est pas qu’un beau sujet. Il dessine les côtes telles qu’elles se présentent depuis la mer. Un équipage qui arrive de la même direction peut comparer les bosses de la crête à celles du dessin. Si elles se ressemblent, il a une indication précieuse sur sa position.
Un profil vu de côté complète une carte vue d’en haut. Chaque représentation aide à répondre à une question différente.
Une carte encore incomplète
Tasman explore encore les côtes du nord de l’Australie en 1644. Ses voyages agrandissent la carte européenne de l’Océanie, sans résoudre toutes les questions. Il laisse moins une image achevée du monde qu’un ensemble de chemins à reprendre. Un rivage inconnu se transforme en silhouettes de montagnes reconnaissables. Un autre équipage pourra comparer le dessin à ce qu’il verra.
Certaines relations entre îles, détroits et continents restent mal comprises. La cartographie avance par corrections successives.
Une ouverture, ou une baie ?
Imagine deux pointes de terre séparées par une étendue d’eau. Du pont, peut-on savoir si la mer continue derrière elles ? Près de la Nouvelle-Zélande, les navigateurs soupçonnent un passage. Le mauvais temps les empêche de vérifier. La question reste entière pour les prochains équipages européens, alors que des navigateurs māori connaissent déjà ces eaux.
Un journal qui garde les petits métiers
Départ de Batavia.
Reconnaissance de la future Tasmanie.
Arrivée au large de la Nouvelle-Zélande.
Nouvelle reconnaissance au nord de l’Australie.
On a donné le nom de Tasman à une île et à une mer. Son journal conserve pourtant le geste d’un charpentier, le travail des pilotes et la silhouette dessinée par un compagnon. La traversée se reconstitue à partir de ces savoir-faire.
L’enquête continue
Si tu devais aider un navire à retrouver la petite plage du charpentier, que lui donnerais-tu ? Un cap, un dessin des arbres, une description des vagues ? Tasman rapporte justement plusieurs sortes d’indices. Ensemble, ils permettent à d’autres de poursuivre son voyage.
À TOI DE MENER L’ENQUÊTE
1. Qui rejoint la plage à la nage ?
2. Combien de navires partent en 1642 ?
3. Que dessine Gilsemans ?
4. Pourquoi le passage entre deux terres reste-t-il incertain ?