Iran
Une mémoire perse
Iran, une mémoire perse
À Persépolis, les rois ont disparu, mais les silhouettes gravées dans la pierre poursuivent leur longue procession. Ailleurs, un enfant entend un récit de Ferdowsi, une famille prépare Nowruz, un artisan termine un tapis. Entre ces scènes, plus de vingt-cinq siècles : l’histoire perse se lit autant dans les œuvres et les gestes que dans les batailles.
Ce voyage suit la construction des empires, leurs ruptures et les formes de transmission qui leur survivent. Il accorde une place centrale à la langue persane, à l’art de gouverner, aux poètes, aux métiers et à l’attachement au pays.
Iran est un pays ; « perse » peut désigner un peuple, une langue ou un héritage culturel. Le monde iranien comprend aussi d’autres peuples et langues. Comprendre cette richesse permet de mieux saisir la force et les transformations de l’identité perse.
Le plateau et ses horizons
Entre la mer Caspienne et le golfe Persique, les montagnes des Zagros et de l’Alborz encadrent de vastes espaces intérieurs. Certaines régions sont humides ; d’autres doivent organiser minutieusement l’accès à l’eau. Routes, cols, oasis et villes donnent sa trame au territoire.
Le Fars, au sud-ouest, est le foyer historique des Perses. Iran actuel ne recouvre ni tout l’Empire achéménide ni toute l’aire de culture persane. Boukhara, Samarcande ou Hérat ont compté dans cette histoire et se trouvent aujourd’hui hors de ses frontières.
Les frontières tracées ici servent à se repérer dans le monde actuel. Les encadrés du récit décrivent ensuite les territoires et les voisins propres à chaque époque.
Avant la Perse, des mondes anciens
L’histoire du plateau iranien commence bien avant Cyrus. Au sud-ouest, l’Élam possède ses villes, ses pouvoirs et ses traditions ; Suse est un centre majeur.
D’autres sociétés se développent sur le plateau. Les Mèdes puis les Perses prennent leur place dans cet ensemble déjà ancien.
Le mot « Perse », transmis notamment par les Grecs, vient du nom du pays des Perses, Parsa, devenu le Fars. « Iran » appartient à une autre histoire du nom du pays. Sa forme politique devient particulièrement visible sous les Sassanides, au IIIe siècle de notre ère.
Cette profondeur historique ne suppose pas un État inchangé depuis les origines.
Des populations, des langues et des institutions se succèdent, se rencontrent et se transforment. La force d’un héritage se mesure aussi à ce qu’il parvient à recueillir et à transmettre.
Cyrus : l’ambition d’un empire
Vers 550 avant notre ère, Cyrus II renverse le roi des Mèdes. Ses conquêtes font naître un empire immense. En 539, il prend Babylone. À Pasargades, dans le Fars, ses palais et ses jardins affirment un nouveau pouvoir royal.
Gouverner des peuples différents exige plus qu’une victoire. Cyrus s’appuie sur des traditions locales et présente son autorité comme un rétablissement de l’ordre. Son cylindre de Babylone évoque notamment la restauration de sanctuaires et le retour de statues divines.
Cet objet est un témoignage exceptionnel sur la légitimation du pouvoir.
L’expression moderne « première déclaration des droits de l’homme » lui prête cependant une portée universelle que son texte ne possède pas. Cyrus reste un conquérant de l’Antiquité, dont la politique varie selon les circonstances.
Son tombeau sobre à Pasargades est devenu un lieu majeur de la mémoire iranienne. La puissance d’un souvenir peut durer bien au-delà de celle d’une dynastie.
Darius : faire tenir un monde ensemble
Un messager traverse une vallée. Il doit transmettre un ordre royal à plusieurs journées de route du palais. Les routes, les relais, les scribes, les gouverneurs et les prélèvements donnent à l’Empire achéménide sa capacité d’action.
Darius Ier consolide l’organisation impériale et développe les résidences royales. À Persépolis, les délégations sculptées montrent des peuples aux vêtements et aux présents différents. Cette diversité organisée met en scène la souveraineté du « roi des rois ». Les images du palais exposent un idéal d’ordre ; elles ne racontent pas toutes les révoltes ni toutes les contraintes.
Les provinces sont administrées par des satrapes. Plusieurs langues servent au gouvernement ; le vieux perse ne remplace pas tous les usages locaux. À son apogée, l’empire s’étend de l’Égypte et de l’Anatolie à des régions de l’Asie centrale et du bassin de l’Indus.
Après Alexandre, une puissance revient
La mort du conquérant ouvre de nouvelles luttes. Les Séleucides gouvernent une grande partie de ses possessions asiatiques et y développent des formes de culture grecque.
À partir du IIIe siècle avant notre ère, les Arsacides, connus comme les Parthes, construisent progressivement leur puissance. Leur royaume réunit des régions iraniennes et la Mésopotamie. Les échanges y croisent des traditions grecques et iraniennes.
Les Parthes rivalisent avec Rome ; en 53 avant notre ère, ils battent l’armée de Crassus à Carrhes. Mais les siècles parthes ne se résument pas à la cavalerie : les villes, les grandes familles et les routes commerciales participent à la vie du royaume. Une nouvelle construction politique se forme à partir d’héritages multiples.
Les Sassanides et l’idée d’Iran
En 224, Ardachir Ier renverse le pouvoir parthe et fonde la dynastie sassanide. Les souverains développent un État puissant, des palais, une administration et un art de cour dont l’influence voyage très loin. Le nom d’Ērān et l’idée d’un royaume des Iraniens occupent une place majeure dans leur langage politique.
Le zoroastrisme possède une position privilégiée. Le feu y reçoit une vénération rituelle importante. La société compte aussi des chrétiens, des juifs et d’autres communautés, avec des conditions d’existence qui varient selon les règnes.
Face à Rome puis à l’Empire byzantin, les guerres alternent avec la diplomatie. En 260, Shapur Ier capture l’empereur romain Valérien. Au début du VIIe siècle, de nouveaux conflits épuisent les deux empires. Après les conquêtes arabes, la mort du dernier roi sassanide en 651 marque la disparition de la dynastie.
Une conquête, une foi, une langue qui continue
Les conquêtes arabes bouleversent le pouvoir et les équilibres religieux. L’islam se diffuse progressivement sur plusieurs siècles, à des rythmes variables. La disparition d’un empire et la conversion de ses habitants sont deux processus différents.
La langue persane poursuit son évolution. Le persan nouveau, écrit principalement avec un alphabet adapté de l’arabe, se développe comme langue littéraire, administrative et savante. Il appartient à la famille indo-européenne ; l’arabe appartient à la famille sémitique. Les nombreux emprunts à l’arabe enrichissent son vocabulaire sans lui faire perdre son identité linguistique.
Des dynasties régionales, notamment les Samanides, soutiennent cette culture. Par la suite, des souverains d’origine turque l’adoptent aussi. La langue et les lettrés deviennent les acteurs d’un rayonnement qui peut survivre au changement des maîtres.
Ferdowsi : une patrie dans les mots
Un roi se laisse aveugler par l’orgueil. Un héros doit choisir entre la fidélité et la justice. Un enfant aux cheveux blancs est recueilli par le Simorgh, un oiseau merveilleux. Le Shahnameh, ou Livre des rois, porte une mémoire peuplée de grandeur et de tragédies.
Ferdowsi, originaire de la région de Tus, achève cette immense épopée en 1010. Il rassemble et transforme des traditions antérieures. Le récit mène des origines mythiques du monde iranien jusqu’à la chute des Sassanides. Zâl et Rostam appartiennent à l’univers légendaire ; les dernières parties se rapprochent davantage de l’histoire dynastique.
Le poème devient une référence durable pour les lecteurs, les conteurs et les peintres. Il contribue fortement au prestige du persan. Son succès repose aussi sur des générations de copistes, de mécènes et de familles qui le font circuler : une œuvre dure grâce à ceux qui la transmettent.
Une langue de poésie, un monde de savoir
Le persan porte une immense littérature : Ferdowsi, Saadi et Hafez occupent des places majeures dans la mémoire culturelle. Leurs œuvres continuent de circuler par les livres, la récitation et la conversation. Un poème peut devenir une présence familière dans la vie quotidienne.
Les savants travaillent dans plusieurs langues. Avicenne, né près de Boukhara et mort à Hamadan en 1037, rédige notamment en arabe son Canon de la médecine.
Traduit en latin, cet ouvrage entre durablement dans l’enseignement médical européen.
Ces circulations invitent à situer les personnes dans leur monde : elles vivent dans des réseaux de cours, de villes et de bibliothèques dont les limites diffèrent de celles des États actuels. La contribution persane prend toute sa force lorsqu’on voit ses échanges avec les autres traditions savantes.
La culture se transmet par des œuvres, mais aussi par des compétences : savoir lire, copier, traduire, enseigner et préserver un manuscrit.
Les conquérants entrent dans le récit
Au XIIIe siècle, les invasions mongoles ravagent de nombreuses régions. Villes, populations et réseaux d’irrigation peuvent être durement touchés. La reconstruction est lente et inégale. Les Ilkhanides, issus de la famille de Gengis Khan, établissent ensuite leur pouvoir en Iran.
Leurs cours emploient des administrateurs et des lettrés persans. Les arts du livre se transforment au contact de motifs venus de Chine. Un conquérant peut donc détruire des centres de culture, puis ses successeurs soutenir d’autres ateliers et adopter une partie des traditions du pays.
Les conquêtes de Timur, à la fin du XIVe siècle, apportent de nouvelles violences. Les cours timourides, notamment à Hérat, deviennent ensuite des foyers majeurs du manuscrit peint. Il faut tenir ensemble ces deux histoires : le coût des conquêtes et l’éclat des œuvres.
Les Safavides : un royaume, une capitale
Les Safavides réunissent progressivement l’Iran et établissent le chiisme duodécimain comme religion officielle. Cette transformation est longue et comporte des contraintes. Elle contribue à distinguer le royaume de ses puissants voisins sunnites.
La place royale, les mosquées, les palais, les boutiques et les routes composent un programme de puissance. L’architecture donne une forme visible à l’alliance de la monarchie, de la religion et du commerce.
Les souverains s’appuient sur des populations et des élites d’origines diverses.
L’identité du royaume ne tient donc pas à une origine ethnique unique. Le persan, l’héritage monarchique et le chiisme y prennent des places complémentaires.
La prise d’Ispahan en 1722 brise le pouvoir safavide. Des souverains nominaux subsistent encore avant la fin de la dynastie en 1736.
Faire venir l’eau, faire durer un pays
Sous une pente aride, une galerie rejoint une nappe souterraine. Une légère inclinaison suffit à conduire l’eau vers les cultures. Des puits verticaux permettent de creuser, d’aérer et d’entretenir la galerie : c’est le principe du qanat.
La précision du tracé compte autant que la force des ouvriers. Il faut connaître le terrain, entretenir les ouvrages et organiser le partage de l’eau. Cette infrastructure associe technique, responsabilité et règles collectives.
Dans le jardin persan, les canaux, les bassins, l’ombre et les plantations composent un espace ordonné. Le jardin exprime un idéal de beauté, mais il dépend d’un travail très concret. Son influence voyage bien au-delà de l’Iran.
Une civilisation tient aussi grâce à ces réalisations peu spectaculaires : des galeries maintenues, des tours d’eau respectés et des gestes transmis à la génération suivante.
Les métiers qui font rayonner la Perse
Un tapis naît de milliers de gestes. Choisir la laine, préparer les couleurs, nouer, contrôler le motif : la beauté finale repose sur un savoir précis. Dans le Fars, des traditions de tissage se transmettent oralement et par l’exemple, notamment entre femmes.
Les ateliers de manuscrits réunissent d’autres compétences : préparer le papier, copier, peindre, dorer et relier. Sous les Safavides, textiles, tapis et arts du livre participent au prestige des cours et aux échanges internationaux.
Les caravanes relient les villes ; les marchés font travailler marchands, transporteurs, changeurs et artisans. La cour peut soutenir des ateliers, mais les savoir-faire vivent aussi dans les familles et les communautés.
L’héritage perse possède ainsi une dimension économique. Conserver une tradition implique de former des personnes, de rémunérer le travail et de trouver des usages et des débouchés pour ce qui est produit.
Des frontières resserrées
Après la crise safavide, Nader Shah reconstitue brièvement une puissance conquérante. Sa mort, en 1747, ouvre de nouvelles luttes. Les Zand puis les Qajars participent à la recomposition politique. Téhéran devient le centre du pouvoir qajar à la fin du XVIIIe siècle.
Les frontières du nord-ouest se rapprochent de leurs lignes actuelles.
À l’est, la question d’Hérat oppose l’Iran aux intérêts britanniques. Le traité de Paris de 1857 impose l’abandon des revendications de souveraineté sur Hérat et l’Afghanistan. La carte politique se resserre ; la culture persane continue pourtant de circuler au-delà.
Ces pertes et ces pressions nourrissent une question durable : comment renforcer l’État et préserver l’indépendance du pays ?
Une Constitution, puis un État centralisé
Au début du XXe siècle, des marchands, des lettrés, des religieux et d’autres groupes demandent des limites à l’arbitraire royal. La révolution constitutionnelle aboutit en 1906 à un parlement et à une Constitution. Le pays cherche à associer autorité publique, représentation et souveraineté.
Les interventions étrangères et les conflits intérieurs fragilisent cette construction.
Reza Khan s’impose après le coup d’État de 1921, puis fonde en 1925 la dynastie Pahlavi. Reza Shah centralise l’administration et l’armée, développe des infrastructures et transforme l’enseignement, dans un cadre autoritaire.
En 1935, son gouvernement demande aux pays étrangers d’utiliser le nom « Iran ».
Ce nom est ancien dans le pays ; il n’est pas inventé à cette occasion. La mémoire de la Perse antique prend une grande place dans la représentation officielle de la nation.
En 1941, l’invasion anglo-soviétique entraîne l’abdication du souverain au profit de son fils Mohammad Reza.
Le pétrole, la souveraineté et le pouvoir
Le pétrole transforme les finances de l’État et ses relations avec l’étranger. En 1951, le Premier ministre Mohammad Mossadegh porte la nationalisation de l’industrie pétrolière. Le conflit avec les intérêts britanniques devient une crise internationale.
En août 1953, un coup d’État renverse Mossadegh, avec l’intervention des services américains et britanniques et la participation d’acteurs iraniens. Les archives américaines documentent la préparation de l’opération. Le rôle des forces intérieures et celui des puissances étrangères doivent être étudiés ensemble.
Les revenus pétroliers soutiennent l’industrie, les infrastructures et les transformations sociales. La scolarisation progresse et les femmes obtiennent le droit de vote en 1963. La répression politique, les déséquilibres du développement et les tensions religieuses alimentent cependant les oppositions.
La monarchie met en scène l’héritage préislamique. Cette appropriation officielle ne résume pas les manières, très diverses, dont les Iraniens vivent leur identité.
Avant 1979 : vivre plus librement ?
Dans les grandes villes, des femmes circulent sans voile, étudient, travaillent et suivent les modes internationales. D’autres conservent le tchador. Les modes de vie sont plus variés que ne le laisseront ensuite penser les images officielles de la République islamique. Cette ouverture concerne particulièrement les milieux urbains ; elle ne décrit pas uniformément toutes les familles ni toutes les campagnes.
Le droit de vote des femmes, obtenu en 1963, et les lois de protection de la famille de 1967 et 1975 élargissent leur place civique et certains de leurs droits. Des femmes entrent dans des professions qualifiées. Les progrès restent inégaux : en 1976, une grande partie des Iraniennes ne sait pas encore lire.
Liberté personnelle et liberté politique doivent être distinguées. La monarchie encourage une modernisation sociale, mais réprime ses opposants et contrôle la vie politique. Le règne de Reza Shah avait même imposé le dévoilement dans les années 1930. Une tenue peut donc être une liberté choisie ou une obligation imposée, selon le moment et le pouvoir.
1979 : une révolution, plusieurs projets
La contestation du shah rassemble des forces différentes : religieux, nationalistes, libéraux, mouvements de gauche et de nombreux citoyens. Le souverain quitte le pays en janvier 1979. L’ayatollah Rouhollah Khomeini revient d’exil en février.
La monarchie s’effondre et une République islamique est proclamée en avril. Le nouvel ordre place une autorité religieuse supérieure au cœur des institutions. Les élections coexistent avec des organes qui surveillent et limitent la compétition politique.
Les forces révolutionnaires ne partagent pas toutes ce projet. Le pouvoir se concentre, des opposants sont réprimés et de nouvelles contraintes s’imposent à la société. La prise de l’ambassade américaine en novembre 1979 ouvre une longue crise avec les États-Unis.
La rupture de régime transforme la vie politique et les normes publiques. Elle n’efface ni le persan, ni les poètes, ni les souvenirs de l’Antiquité, ni les traditions familiales. L’histoire d’un pays continue aussi en dehors de ses institutions.
Des femmes instruites, une société ambitieuse
Les Iraniennes ne se résument pas aux restrictions qui leur sont imposées. Elles sont étudiantes, médecins, chercheuses, enseignantes, artistes et entrepreneuses. La diffusion de l’enseignement, commencée avant 1979, s’est poursuivie sous la République islamique, malgré les contraintes et les discriminations. Leurs compétences constituent une force majeure du pays.
Selon les données 2023 de la Banque mondiale, 87,1 % des filles achèvent le premier cycle du secondaire. Ce chiffre mesure un parcours scolaire ; il ne signifie pas que toutes les femmes sont diplômées de l’université. Les écarts entre générations, territoires et milieux sociaux restent importants.
Maryam Mirzakhani incarne cette ambition intellectuelle. Formée à Téhéran puis aux États-Unis, elle devient en 2014 la première femme à recevoir la médaille Fields, l’une des plus hautes distinctions en mathématiques. Sa réussite appartient à une trajectoire personnelle et à des échanges scientifiques internationaux.
Un diplôme ne garantit pourtant ni l’égalité des droits ni la liberté de choisir son mode de vie. C’est l’une des tensions centrales de l’Iran contemporain : une société instruite, créative et ouverte sur le monde se heurte à des restrictions politiques et sociales.
Manifester pour vivre libre
Le mot d’ordre « Femme, Vie, Liberté », d’origine kurde, exprime la volonté de nombreuses femmes et de nombreux jeunes de choisir leur vie, leurs vêtements et leurs opinions.
La contestation dépasse la seule question du voile. Elle porte sur la dignité, les droits et le pouvoir. Les femmes et les jeunes occupent une place visible, aux côtés d’autres générations. Leur courage ne signifie pas que toute la société partage exactement les mêmes convictions ou le même projet politique.
La mission d’enquête de l’ONU a documenté une répression grave, dont certains actes constituent, selon ses conclusions, des crimes contre l’humanité. Fin décembre 2025, de nouvelles protestations, d’abord liées aux difficultés économiques, prennent aussi une dimension politique. Les rapports de 2026 décrivent de nouvelles violences et arrestations.
Préserver la mémoire perse et vouloir vivre libre peuvent aller ensemble. Une identité nationale ne commande pas d’accepter toutes les décisions de l’État : les débats et les manifestations font eux aussi partie de l’histoire du pays.
Défendre le pays, traverser les crises
La guerre dure jusqu’au cessez-le-feu d’août 1988. Elle laisse des destructions et des deuils immenses. La défense du territoire mobilise des Iraniens dont les opinions et les appartenances peuvent être différentes.
Après la guerre, le pays reconstruit et développe ses activités, tandis que les tensions politiques, le dossier nucléaire et les sanctions pèsent sur ses relations extérieures. La société iranienne, dans le pays comme dans la diaspora, continue de produire des œuvres, des entreprises et des débats.
En 2026, les frappes américaines et israéliennes commencées le 28 février déclenchent une nouvelle guerre régionale, avec des ripostes iraniennes. Ali Khamenei est tué et son fils Mojtaba lui succède comme Guide. Les affrontements et les perturbations du détroit d’Ormuz aggravent les difficultés économiques.
Ces événements récents restent en cours au moment de cette édition. Leurs conséquences durables seront mieux comprises avec davantage de recul.
L’identité perse, une transmission vivante
Au retour du printemps, Nowruz réunit des familles autour de gestes renouvelés chaque année. Cette fête ancienne est partagée par plusieurs peuples et pays. En Iran, elle constitue un lien puissant entre les générations.
La langue persane, les récits du Shahnameh, la poésie, les jardins et les métiers forment un héritage qui dépasse les seuls monuments. Il se pratique dans une maison, un atelier, une bibliothèque ou une famille installée à l’étranger.
Les Perses occupent une place centrale dans cette histoire. Les Azerbaïdjanais, les Kurdes, les Lors, les Baloutches, les Arabes d’Iran et d’autres communautés participent aussi à l’histoire iranienne. L’appartenance à un pays, la langue parlée et l’origine familiale peuvent se combiner de plusieurs façons.
L’identité perse s’est maintenue en transmettant des formes reconnaissables tout en traversant de grands changements. Elle donne à voir une fidélité active : apprendre une langue, connaître un récit, exercer un métier, préserver un lieu et faire vivre une mémoire.