Iran
Une mémoire perse
Iran, une mémoire perse
Un palais peut brûler ; un empire peut disparaître. Pourtant, des mots, des récits et des gestes continuent de passer d’une génération à l’autre. L’histoire de l’Iran est aussi celle de cette transmission.
Notre voyage suit l’héritage perse : Cyrus et Darius, les grands royaumes, la langue persane, le Livre des rois, les jardins et les ateliers. Il mène jusqu’aux transformations de l’Iran moderne.
Iran est le pays. « Perse » désigne notamment un peuple et un héritage culturel. Plusieurs peuples et plusieurs langues appartiennent à l’histoire iranienne.
Un pays de montagnes et de passages
Les montagnes entourent de grands espaces intérieurs. Les routes, les villes et l’accès à l’eau ont beaucoup compté dans son histoire.
Le Fars est le foyer historique des Perses. Les anciens empires ont souvent dépassé les frontières actuelles. La langue persane a aussi rayonné vers l’Asie centrale et l’Inde.
Sur cette carte, les limites sont celles du monde actuel. Au fil des pages, les encadrés indiquent qui gouverne, quel territoire est contrôlé et ce qui se passe autour.
Cyrus ouvre un empire
Bien avant Cyrus, des villes et des royaumes existent déjà sur le plateau iranien. Vers 550 avant notre ère, ce roi perse renverse les Mèdes, puis conquiert de vastes territoires. En 539, il prend Babylone.
Cyrus cherche à gouverner des peuples différents en s’appuyant aussi sur leurs traditions. À Pasargades, ses palais et ses jardins expriment la puissance de sa dynastie. Son tombeau demeure un grand lieu de la mémoire iranienne.
Le cylindre de Cyrus raconte certaines de ses décisions à Babylone. C’est un texte royal de l’Antiquité ; le présenter comme une déclaration moderne des droits de tous les êtres humains serait exagéré.
Darius organise la puissance
Dans un empire immense, les ordres doivent arriver et les ressources circuler.
Darius Ier s’appuie sur des gouverneurs, les satrapes, et sur un réseau de communications. Des scribes travaillent dans plusieurs langues.
À Persépolis, des délégations venues de différentes régions sont sculptées dans la pierre. Le palais montre un monde organisé autour du roi. Les routes et les administrations rendent cette puissance concrète.
À son apogée, l’empire atteint l’Égypte, l’Anatolie, des régions d’Asie centrale et le bassin de l’Indus. Il est beaucoup plus vaste que l’Iran actuel. Les conflits avec les cités grecques sont une partie de son histoire.
Des royaumes renaissent
Alexandre de Macédoine renverse l’Empire achéménide en 330 avant notre ère. Ses successeurs se partagent les conquêtes. Plus tard, les Parthes bâtissent une nouvelle puissance iranienne, rivale de Rome.
En 224 de notre ère, Ardachir Ier fonde la dynastie sassanide. Ses successeurs construisent des palais, développent les arts et donnent une place forte à l’idée d’un royaume d’Iran. Le zoroastrisme est une religion majeure de ce monde.
Les Sassanides affrontent Rome puis Byzance. Au VIIe siècle, les conquêtes arabes bouleversent leur royaume. Le dernier roi sassanide meurt en 651. Le pouvoir change, mais les habitants et leurs traditions ne disparaissent pas.
Le persan garde sa voix
Après les conquêtes arabes, l’islam se diffuse progressivement. Il devient une composante essentielle de l’histoire iranienne. La conversion des populations s’étend sur plusieurs siècles.
La langue persane continue d’évoluer. Le persan nouveau s’écrit surtout avec un alphabet adapté de l’arabe. Pourtant, ce sont deux langues différentes : le persan appartient à la famille indo-européenne, l’arabe à la famille sémitique.
Des cours, notamment celles des Samanides, soutiennent les écrivains. La langue devient un lien puissant entre les générations et rayonne bien au-delà du pays. Une nouvelle période de création commence.
Le livre qui traverse les siècles
Un oiseau merveilleux, le Simorgh, recueille Zâl, un enfant aux cheveux blancs. Plus loin dans le récit, des héros affrontent des ennemis, mais aussi l’orgueil, le devoir et les conséquences de leurs choix.
Cette épopée raconte le passé du monde iranien, depuis des origines légendaires jusqu’aux derniers Sassanides.
Ferdowsi donne une force immense à la mémoire perse. Des copistes, des conteurs et des peintres transmettent ensuite son œuvre. Les légendes sont des récits imaginaires ; elles peuvent néanmoins nous apprendre ce qu’une société admire, redoute et souhaite garder.
Des savoirs et des ateliers en mouvement
Les villes abritent des bibliothèques, des savants et des ateliers. Avicenne, mort à Hamadan en 1037, rédige notamment en arabe un grand ouvrage de médecine. Traduit en latin, son Canon est longtemps étudié en Europe.
Au XIIIe siècle, les invasions mongoles détruisent de nombreuses villes. Des pouvoirs issus des conquérants soutiennent ensuite de nouveaux ateliers. Les manuscrits associent des traditions persanes à des influences venues de Chine.
Après de nouvelles conquêtes, les cours timourides font d’Hérat un grand centre artistique. Les œuvres voyagent, les artistes aussi. La culture persane se renouvelle au milieu d’une histoire parfois très violente.
Ispahan, le royaume en grand
En 1501, Ismaïl Ier fonde le pouvoir safavide et fait du chiisme duodécimain la religion officielle de son État. Les Safavides réunissent progressivement l’Iran.
L’adoption du chiisme dans la population demande du temps et s’accompagne aussi de contraintes.
Une immense place rassemble palais, mosquées et commerces. Les artisans font briller les faïences ; les marchands animent les boutiques.
Le royaume possède une identité forte, appuyée sur le pouvoir du shah, la culture persane et le chiisme. Il rivalise avec les Ottomans à l’ouest et les Ouzbeks au nord-est.
L’eau cachée sous le désert
Une galerie souterraine rejoint une réserve d’eau dans le sol. Grâce à une pente douce, l’eau descend vers une sortie puis vers les cultures. Des puits permettent aux ouvriers de creuser et d’entretenir la galerie : cet ouvrage est un qanat.
Il faut de l’expérience pour choisir le tracé, régler la pente et partager l’eau.
Ces savoir-faire ont aidé des communautés à vivre et à cultiver dans des régions arides.
Les jardins persans organisent l’eau, les arbres et les chemins. Ils offrent de l’ombre et de la beauté. Derrière le jardin, il y a des ouvrages, des règles et beaucoup de travail.
Un pays se transmet aussi par les mains
Les fils deviennent un motif, puis un tapis. L’artisan sait choisir la matière, préparer les couleurs et contrôler son travail. Dans le Fars, des traditions de tissage se transmettent par l’exemple et la parole.
Les ateliers de livres réunissent copistes, peintres et relieurs. Les marchés et les caravanes transportent leurs productions. Les arts persans font vivre des métiers tout en portant des formes et des récits reconnaissables.
Transmettre un patrimoine, c’est donc aussi former des personnes et leur permettre d’exercer leur métier. Un savoir-faire reste vivant lorsqu’il est pratiqué.
Le pays cherche à rester maître chez lui
Après les grands royaumes précédents et de nouvelles guerres, les Qajars gouvernent depuis Téhéran. Au XIXe siècle, la Russie et la Grande-Bretagne étendent leur influence dans la région.
Les défaites contre la Russie entraînent les traités de 1813 et 1828 : l’Iran perd d’importants territoires dans le Caucase. En 1857, il renonce à ses revendications sur Hérat et l’Afghanistan.
Les dirigeants et les réformateurs cherchent à renforcer le pays. Les frontières de l’Iran moderne résultent de cette longue histoire ; la culture persane, elle, continue de circuler au-delà.
Changer les institutions et le nom à l’étranger
En 1906, la révolution constitutionnelle donne au pays un parlement et une Constitution. Ses partisans veulent limiter l’arbitraire et mieux organiser le gouvernement.
Il centralise l’État et développe des infrastructures et l’enseignement, mais son pouvoir est autoritaire. Son fils lui succède en 1941.
En 1935, le gouvernement demande aux pays étrangers d’utiliser le nom « Iran » plutôt que « Perse ». Les habitants employaient déjà le nom Iran depuis longtemps. Le pays n’est donc pas né en 1935 !
Du pétrole à la révolution
En 1951, le Premier ministre Mossadegh défend la nationalisation du pétrole.
Un coup d’État le renverse en 1953, avec l’intervention américaine et britannique et l’appui d’acteurs iraniens.
Le shah renforce son pouvoir. Les revenus du pétrole financent des transformations importantes, mais la répression et les tensions sociales alimentent les oppositions.
En 1979, la révolution renverse la monarchie. Sous l’impulsion de l’ayatollah Khomeini, une République islamique s’installe. La religion occupe une place centrale dans le pouvoir. Le changement de régime bouleverse la société, tandis que la langue, les œuvres et les fêtes continuent de se transmettre.
Avant et après la révolution
Avant 1979, surtout dans les grandes villes, des Iraniennes sortent sans voile, étudient et exercent des métiers qualifiés. D’autres portent des vêtements traditionnels. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1963 ; des lois améliorent certains de leurs droits dans la famille.
Cela ne signifie pas que tout le monde vit de la même manière, ni que le shah autorise une opposition libre. Les libertés de mode de vie sont plus larges sur certains points, mais le régime reste autoritaire.
Après la révolution, la République islamique impose progressivement le voile dans l’espace public et renforce le contrôle des comportements. L’école et l’université continuent cependant de se développer. Cette histoire associe donc progrès de l’instruction et restrictions des libertés.
Des Iraniennes qui étudient et réussissent
Iran compte de nombreuses femmes très instruites : médecins, chercheuses, professeures, artistes ou entrepreneuses. Leur travail et leurs études occupent une place importante dans la société. Toutes les générations et toutes les régions n’ont pourtant pas les mêmes possibilités.
Maryam Mirzakhani étudie à Téhéran, puis poursuit ses recherches aux États-Unis. En 2014, elle devient la première femme à recevoir la médaille Fields, une très grande distinction en mathématiques.
L’instruction donne des compétences et ouvre des horizons. Mais les diplômes ne suppriment pas les lois restrictives. Beaucoup d’Iraniennes veulent pouvoir décider davantage de leur vie et faire reconnaître pleinement leurs capacités.
Des jeunes réclament la liberté
Des manifestations se répandent dans le pays. « Femme, Vie, Liberté » devient un mot d’ordre important.
De nombreuses femmes et de nombreux jeunes veulent choisir leurs vêtements, exprimer leurs idées et vivre plus librement. D’autres générations les rejoignent. Tous les Iraniens n’ont pas les mêmes opinions, mais ces aspirations occupent une place majeure dans la vie du pays.
Les autorités répriment les manifestations. Les enquêtes de l’ONU décrivent de graves violences. De nouvelles protestations commencent à la fin de 2025, sur fond de difficultés économiques et de demandes de changement politique. Ces événements récents sont présentés ici à partir des sources disponibles en octobre 2026.
Des épreuves, une société qui continue
En 1980, l’Irak envahit l’Iran. La guerre dure jusqu’en 1988 et marque profondément les familles. La reconstruction demande ensuite de grands efforts.
Au XXIe siècle, les Iraniens vivent dans des villes et des régions diverses. Ils étudient, travaillent, créent et débattent. Les tensions politiques, les sanctions et les conflits pèsent sur leur vie.
En 2026, des frappes américaines et israéliennes déclenchent une nouvelle guerre régionale, avec des ripostes iraniennes. Ces événements récents sont encore en cours lors de cette édition. Ils ne résument pas les milliers d’années d’histoire du pays.
Ce que les générations gardent vivant
Une famille prépare Nowruz, la fête du nouvel an au retour du printemps. Un poème est récité. Un livre passe à un enfant. L’héritage perse vit aussi dans ces moments.
La langue, le Livre des rois, les jardins et les métiers composent une mémoire très ancienne. Cette mémoire s’est transformée au fil du temps et a beaucoup apporté aux cultures voisines.
Iran compte des Perses, des Azerbaïdjanais, des Kurdes, des Lors, des Baloutches, des Arabes et d’autres communautés. Plusieurs traditions peuvent contribuer à l’histoire du même pays. Connaître l’héritage perse permet d’en comprendre un fil majeur.