Jeanne Baret
Jeanne Baret
Dans la cabine d’un bateau, un coffre plein de feuilles sèches pourrait passer pour un bien maigre trésor. Jeanne Baret sait exactement pourquoi il faut le préserver. Ces feuilles viennent de rives que l’équipage ne reverra peut-être jamais. Pour qu’elles arrivent jusqu’aux savants, il faut du papier sec et des épaules solides.
En 1767, la Bourguignonne embarque comme assistant du botaniste Philibert Commerson. Elle traverse l’Atlantique et le Pacifique sur L’Étoile. Lorsque le bâtiment repart de l’île de France, son propre voyage suit un autre calendrier.
Connaître les plantes
Avant de voir les océans, Jeanne Baret connaît les plantes. Issue d’un milieu modeste, elle travaille auprès du botaniste Philibert Commerson. Son savoir est pratique : reconnaître, récolter, transporter et préparer les spécimens demande déjà de l’expérience. Il faut parfois emporter la tige et les fleurs pour distinguer deux espèces qui se ressemblent de loin.
Au XVIIIe siècle, ces collections permettent de comparer des végétaux venus de régions éloignées. La science commence par un travail patient.
Un embarquement sous un autre nom
En 1767, Jeanne embarque sur L’Étoile, qui rejoint l’expédition de Bougainville. Les femmes sont interdites à bord des navires royaux. Elle se fait donc passer pour un homme et prend place comme assistant de Commerson. Le voyage commence avec un secret. Sur un bateau où l’on manque de place pour dormir, cacher une partie de sa vie demande une vigilance épuisante.
La vie à bord laisse peu d’intimité. Conserver cette identité dans un équipage serré est une difficulté quotidienne.
Des collections lourdes à porter
Lors des escales, Jeanne transporte les instruments et collecte des spécimens. Commerson souffre notamment d’une jambe douloureuse. Elle assure une part considérable du travail de terrain. Les belles collections commencent souvent par la fatigue des bras et des épaules. Les caisses rentrent au bateau quand les hommes le peuvent. Il faut encore ouvrir les papiers et surveiller l’humidité.
Au Brésil, l’expédition récolte la plante qui prendra le nom de bougainvillier, en l’honneur du commandant.
La feuille qui doit traverser l’océan
Prends une plante fraîche. Demain, elle aura déjà changé de forme. Pour l’expédier à l’autre bout du monde, le botaniste l’étale entre des papiers, presse délicatement les feuilles et fait sécher l’ensemble. Jeanne pratique ce travail aux escales. Le jour où le navire repart, il emporte une petite forêt qui tient dans des caisses.
Une fleur repliée ou une racine perdue peut faire disparaître un détail nécessaire à l’identification. Une collecte demande donc autant de soin que de force.
Le secret découvert
Le secret de Jeanne finit par être connu pendant l’expédition. Les témoignages ne permettent pas de raconter chaque circonstance avec certitude. Elle demeure néanmoins associée au travail botanique. Sa présence ne peut plus être réduite à l’apparence sous laquelle elle avait embarqué. Les compagnons de voyage n’ont pas tous raconté de la même façon la découverte de son identité.
Bougainville reconnaît ses compétences. Son jugement conserve la trace d’une estime pour ce qu’elle a réellement accompli.
Une longue escale à Maurice
Jeanne et Commerson quittent l’expédition à l’île de France, aujourd’hui Maurice. Ils y poursuivent leurs activités. Après la mort du botaniste, Jeanne se marie puis regagne la France. Elle ne boucle donc pas son voyage avec les navires de Bougainville. L’île Maurice est une étape du tour de l’équipage. Pour Jeanne, elle devient un lieu où travailler et gagner sa vie.
Son retour, au milieu des années 1770, achève un tour du monde accompli sur plusieurs années et par étapes.
Le bateau a fini, Jeanne continue
En 1769, La Boudeuse est rentrée en France. Jeanne se trouve encore dans l’océan Indien. À l’île de France, sa vie se poursuit pendant plusieurs années. Commerson y meurt en 1773. Jeanne épouse Jean Dubernat, puis rentre en France au milieu des années 1770. Elle a enfin fermé sa propre boucle.
Un tour du monde se définit par l’itinéraire d’une personne. Il peut comporter plusieurs navires et une longue vie à terre entre deux traversées.
Une place enfin reconnue
Jeanne Baret est considérée comme la première femme connue à avoir accompli un tour du monde. Elle reçoit ensuite une pension royale. Derrière le record, il reste une vie de travail : des plantes étudiées, des charges portées et une place gagnée à bord. La pension que lui accorde la Marine lui apporte aussi une reconnaissance officielle de son service.
Le mot « connue » compte : l’histoire dépend des traces conservées. Il n’enlève rien à l’ampleur de son parcours.
Qui a cueilli cette plante ?
Dans une collection ancienne, un grand nom peut désigner tout un travail d’équipe. Commerson classe et décrit. Baret récolte, transporte et prépare. Les récits attestent son endurance, particulièrement lorsque la santé de Commerson rend les marches difficiles. En revanche, ils ne permettent pas de lui attribuer avec certitude chaque échantillon, y compris le fameux bougainvillier.
Le prix du service rendu
Embarquement sur L’Étoile.
Arrivée à l’île de France.
Retour en France et tour du monde achevé.
Attribution d’une pension.
En 1785, Jeanne reçoit une pension royale pour les services rendus pendant l’expédition. Entre l’embarquement sous des habits d’homme et cette reconnaissance officielle, près de deux décennies se sont écoulées. Entre-temps, il a fallu faire vivre les collections, puis vivre soi-même après le retour.
L’enquête continue
Pour raconter Jeanne, on pourrait commencer par un déguisement. On peut aussi commencer par une feuille séchée qui a résisté à la chaleur, aux escales et à l’humidité de la cale. Le premier détail dit comment elle a embarqué. Le second dit pourquoi son travail méritait de faire le voyage.
À TOI DE MENER L’ENQUÊTE
1. Que récolte Jeanne aux escales ?
2. Sur quel navire embarque-t-elle ?
3. Avec quel botaniste travaille-t-elle ?
4. Où reste-t-elle après le départ de l’expédition ?