David Livingstone
David Livingstone
On entend gronder l’eau sans encore voir où elle tombe. Sur le Zambèze, les compagnons de Livingstone manœuvrent les pirogues. Ils connaissent ce lieu et son nom. Pour le médecin venu d’Écosse, le rideau de brume cache un spectacle qu’il n’a jamais vu. C’est aux pagayeurs de choisir comment s’en approcher.
Livingstone devient médecin et missionnaire après une jeunesse passée à travailler dans une filature. Il espère pouvoir relier l’intérieur de l’Afrique à des routes commerciales qui affaibliraient la traite. Les cataractes du Zambèze éprouveront sévèrement cette idée.
Sa célébrité tient à des traversées et à une rencontre avec Stanley. Une autre histoire demande à être suivie après sa mort. Ses compagnons prennent alors entièrement en charge le voyage qui fera sortir ses papiers de l’intérieur du continent.
Étudier après l’usine
David Livingstone grandit en Écosse et travaille jeune dans une filature. Il étudie avec ténacité, devient médecin et missionnaire. En 1841, il rejoint l’Afrique australe avec une foi chrétienne et une volonté d’action qui orienteront toute sa vie. Apprendre la médecine et les langues lui demandera autant de patience que les longues marches qui l’attendent.
Son parcours unit désir de servir, ambition personnelle et confiance dans les effets du commerce et de la religion.
Ces convictions expliquent ses choix ; elles ne doivent pas être remplacées par l’image moderne d’un voyageur uniquement attiré par la nature.
Apprendre à traverser
Livingstone parcourt de vastes régions avec des compagnons africains. Les itinéraires, les langues et les alliances comptent autant que l’endurance. Une traversée ne consiste pas à avancer dans un espace vide : elle traverse des communautés et leurs territoires. Un guide peut donner une direction. Il faut aussi obtenir de l’eau, des vivres et le droit de traverser.
Son voyage transcontinental des années 1850 contribue fortement à sa renommée européenne.
Les noms des guides et des porteurs sont moins célèbres, alors que leurs compétences font partie des conditions mêmes de l’exploit.
La fumée qui gronde
En 1855, Livingstone voit les grandes chutes du Zambèze, connues sous le nom de Mosi-oa-Tunya. Il les appelle chutes Victoria, en l’honneur de sa reine. Le bruit et les nuages d’eau donnent au lieu une puissance qui dépasse les mots. La rivière, si large un instant auparavant, bascule brusquement dans une gorge. Le bruit explique pourquoi on la devine de loin.
Il en transmet la description à un public européen, sans être le premier être humain à connaître le site.
Les deux noms racontent deux manières d’inscrire le paysage dans une histoire : l’expérience locale et la référence à la monarchie britannique.
Deux noms dans la vapeur
Le nom Mosi-oa-Tunya évoque une fumée qui gronde. Au bord du Zambèze, l’image est facile à comprendre. La masse blanche qu’on aperçoit de loin est formée par l’eau pulvérisée au fond de la gorge. En 1855, Livingstone donne aux chutes le nom de sa reine, Victoria. Les deux appellations continuent de raconter deux regards sur ce lieu.
Un nom décrit ici ce qu’un voyageur entend et voit avant même d’arriver. Un autre inscrit un souverain européen sur les cartes.
Le lieu possède bien sûr une histoire avant son entrée dans les publications britanniques. Rétablir le nom connu sur place permet d’entendre une part de cette histoire.
Le fleuve résiste au projet
Livingstone espère que le commerce et les missions aideront à combattre la traite esclavagiste. L’expédition du Zambèze rencontre pourtant de graves obstacles, dont les rapides. Le grand projet se heurte aux réalités du terrain et subit de lourdes pertes. Tous les kilomètres d’un même fleuve ne se ressemblent pas. Le capitaine doit connaître le plus difficile avant de promettre le passage.
La mort de son épouse Mary pendant cette période ajoute un drame personnel aux difficultés de l’entreprise.
Une conviction morale forte ne garantit pas la viabilité d’un plan. La géographie et l’organisation doivent elles aussi répondre présentes.
Stanley retrouve le voyageur
En 1871, Henry Morton Stanley retrouve Livingstone à Ujiji, près du lac Tanganyika. Le monde européen avait perdu sa trace. La rencontre devient célèbre, mais Livingstone ne rentre pas pour autant : il poursuit ses recherches et son combat contre la traite. La nouvelle parvient aux lecteurs des journaux. Sur place, reste la décision très concrète de repartir ou de poursuivre les recherches.
La formule de salutation souvent répétée vient du récit de Stanley ; elle n’a pas besoin d’être traitée comme un enregistrement certain.
La rencontre est aussi un événement médiatique. L’aventure, le journalisme et la célébrité se renforcent mutuellement.
Ses compagnons le ramènent
Livingstone meurt en 1873. Ses compagnons, parmi lesquels Susi et Chuma, préservent ses papiers et transportent son corps jusqu’à la côte. Leur effort immense permet son retour et son inhumation à Westminster. La dernière étape est leur aventure à eux. Sur des mois de route, il faut garder le groupe ensemble et préserver les documents de la pluie.
Son image deviendra un symbole britannique, parfois utilisé pour justifier des entreprises qu’il n’a pas lui-même dirigées.
Sa foi, son opposition à l’esclavage et les usages impériaux de sa mémoire doivent être distingués pour comprendre son héritage sans le simplifier.
Le dernier portage
En 1873, Livingstone meurt à l’intérieur de l’Afrique. Des compagnons, notamment Susi et Chuma, organisent le retour des papiers et du corps jusqu’à la côte. Il faut préparer les charges, trouver des provisions et maintenir la troupe ensemble. La dernière grande marche de son histoire est accomplie par d’autres hommes.
Son cœur est enseveli en Afrique. Son corps sera inhumé à Westminster en 1874.
Une sépulture en Grande-Bretagne peut cacher le chemin matériel qui l’a rendue possible. Les décisions des compagnons expliquent aussi la conservation de documents sur lesquels repose la biographie du voyageur.
Une promesse arrêtée par les rapides
Livingstone souhaite que des bateaux puissent amener vers l’intérieur des biens, des missionnaires et d’autres échanges que la traite. Les rapides de Kebrabasa constituent un obstacle sévère sur le Zambèze. Une route séduisante à grande échelle s’arrête devant la pente réelle du fleuve et la puissance de l’eau.
Une carte montre la continuité du fleuve. Pour juger un projet de navigation commerciale, il faut aussi connaître les niveaux saisonniers, les ruptures de charge et les limites du bateau.
Qui était perdu ?
Arrivée en Afrique australe.
Visite aux chutes du Zambèze.
Rencontre avec Stanley à Ujiji.
Mort puis inhumation à Westminster.
En Europe, les nouvelles de Livingstone ont cessé d’arriver. À Ujiji, au bord du Tanganyika, il se trouve pourtant parmi des gens qui le voient chaque jour. Lorsque Stanley arrive en 1871, il rétablit une liaison avec un public lointain. Livingstone décide de poursuivre ses recherches.
Cette différence de perspective change le sens de la rencontre. Le journaliste doit rapporter une nouvelle à ses lecteurs. Le médecin a d’autres raisons de repartir et d’autres obligations sur place.
Ce que l’aventure nous laisse
La vie de Livingstone commence avec les livres qu’on ouvre après une journée de travail et s’achève avec les carnets que des compagnons sauvent au bout d’une marche immense. Entre les deux, il y a la médecine, la foi, les fleuves et le refus de la traite.
1. Pourquoi le sens du mot « perdu » dépend-il du lieu où l’on se trouve ?
2. Que révèlent les rapides sur le projet commercial ?
3. Quelle dernière étape appartient aux compagnons de Livingstone ?