SAVANTISSIMO
16+ · Explorateurs

Ernest Shackleton

01Page 1 sur 12

Quand l’exploit change de sens

Illustration de la page « Quand l’exploit change de sens ».

Le 27 octobre 1915, Ernest Shackleton fait évacuer l’Endurance. Autour du navire, la banquise comprime les bordages ; l’eau pénètre. Les vingt-huit hommes descendent sur la glace avec leurs réserves et leurs canots. Le projet de traverser l’Antarctique vient de perdre son premier instrument.

Un chef peut s’attacher à son ambition au point de ne plus voir ceux qu’elle engage. Shackleton doit désormais déplacer la sienne : renoncer à la traversée et conserver toutes ses forces pour le retour. Il ne dispose pourtant d’aucune solution assurée. La terre habitée est loin, les moyens sont faibles, et la banquise dérive sans demander ses ordres.

C’est dans cette situation que se joue sa réputation. Il faudra décider, parfois revenir sur une décision, déléguer et recommencer. Le récit du sauvetage est celui d’une volonté confrontée, chaque jour, aux possibilités réelles.

Savantissimo
02Page 2 sur 12

L'ambition d'une première britannique

Illustration de la page « L’ambition d’une première ».

Il a déjà connu les expéditions antarctiques et le renoncement : en 1909, son équipe a fait demi-tour avant d’atteindre le pôle Sud. Revenir vivant avait alors compté davantage que gagner les derniers kilomètres.

Après la réussite d’Amundsen en 1911, une nouvelle première demeure possible : traverser le continent d’une mer à l’autre en passant par le pôle. L’expédition de 1914 porte cette ambition britannique. Pour la financer et réunir des hommes, il faut convaincre, organiser et transformer une promesse en moyens matériels.

Le dispositif comprend deux groupes. L’Endurance doit déposer l’équipe principale en mer de Weddell. L’Aurora conduit celle de la mer de Ross, chargée de préparer des dépôts pour la dernière partie de la traversée. Ce montage crée aussi une dépendance : des hommes vont travailler au succès d’un voyage dont ils ne pourront pas suivre l’avancement.

Savantissimo
03Page 3 sur 12

Tenir une société dans la glace

Illustration de la page « Tenir une société dans la glace ».

L’Endurance est immobilisé en janvier 1915, avant d’atteindre le point de débarquement prévu. Les hommes essaient de le dégager, puis se préparent à hiverner. Les vents et les courants entraînent la banquise, qui emporte le navire avec elle. L’attente devient un mode de vie.

Les tâches donnent une forme aux journées : observations, entretien, soins aux chiens, cuisine. Shackleton s’appuie sur des hommes qui possèdent des métiers différents. L’autorité doit rendre leur travail compatible, prévenir les tensions et veiller à ceux qui supportent moins bien l’isolement.

La vie commune ne repose pas uniquement sur les ordres. Jeux, repas et musique entretiennent les relations. Le banjo de Leonard Hussey survivra même à l’abandon du navire. Plus tard, ses chansons accompagneront les hommes de l’île de l’Éléphant. Un objet apparemment superflu peut servir à préserver ce qui rend les autres efforts possibles.

Savantissimo
04Page 4 sur 12

Savoir interrompre une marche

Illustration de la page « Savoir interrompre une marche ».

Après l’évacuation, les canots sont déposés sur la glace avec le matériel de survie.

Le navire sombre le 21 novembre 1915. Marcher vers une issue paraît d’abord préférable à l’immobilité : au moins agit-on. Mais tirer des embarcations lourdement chargées sur des crêtes de glace exige un effort démesuré.

Les hommes progressent trop peu. La glace se déplace, les passages se ferment et les corps s’épuisent. Harry McNish conteste même l’autorité de Shackleton après la perte du navire. La discipline est réaffirmée, mais le terrain continue à résister.

Shackleton finit par interrompre la marche et installe un nouveau camp. Il n’a pas cessé de vouloir sortir ; il a admis que ce moyen les affaiblissait. Attendre la dérive devient une décision active, avec ses propres travaux et ses dangers. La persévérance porte sur le but, tandis que la méthode reste révisable.

Savantissimo
05Page 5 sur 12

La terre ferme ne suffit pas

Illustration de la page « La terre ferme ne suffit pas ».

En avril 1916, la fragmentation de la banquise impose le départ dans les trois canots. Les hommes affrontent une mer froide, des nuits sans repos véritable et des embarcations qui ne se comportent pas toutes de la même manière. Séparer le groupe permettrait peut-être à un bateau d’aller plus vite ; cela pourrait condamner les autres.

Ils atteignent l’île de l’Éléphant le 15 avril, puis choisissent un meilleur emplacement pour le camp. La terre ferme offre un appui, mais pas une route vers la civilisation. Aucun trafic régulier ne permet de miser raisonnablement sur une rencontre.

Shackleton choisit donc de chercher de l’aide en Géorgie du Sud. Les vents et les courants rendent cette destination envisageable, malgré l’immensité de la traversée. Six hommes partiront ; vingt-deux resteront. Chacune de ces décisions résout un problème et en crée un nouveau.

Savantissimo
06Page 6 sur 12

Le canot et son charpentier

Illustration de la page « Le canot et son charpentier ».

Le canot d’environ sept mètres reçoit des bords rehaussés, des renforts et un pont improvisé avec du bois et de la toile. Un lest l’aide à tenir la mer. Chaque intervention cherche à limiter une faiblesse précise de l’embarcation.

Shackleton emmène ce charpentier dont il a contesté l’attitude pendant la marche. Leur relation difficile n’efface pas la valeur de son métier. Le départ a lieu le 24 avril 1916 avec Worsley, Crean, McNish, McCarthy et Vincent.

Il reste très peu d’espace pour six hommes, leurs instruments, leurs vivres et leur eau. Ils doivent protéger le canot tout en l’habitant. Aucune proclamation de courage ne rendrait étanche une couture défectueuse. Ici, la préparation se mesure au travail des mains et à la résistance des matériaux.

Savantissimo
07Page 7 sur 12

Worsley cherche le Soleil

Illustration de la page « Worsley cherche le Soleil ».

Le James Caird est ballotté par l’océan. Les hommes écopent, barrent, entretiennent la voilure et se relaient dans un espace où le repos est difficile. Le froid humide et la fatigue altèrent leurs gestes. Une erreur de route peut faire manquer la seule terre capable de leur offrir du secours.

Frank Worsley combine la navigation à l’estime et de rares observations astronomiques. Le sextant mesure la hauteur d’un astre au-dessus de l’horizon ; l’heure, les tables et le calcul permettent d’en tirer une position. Sur un canot agité, viser l’horizon exige déjà une maîtrise remarquable.

Lorsque le ciel reste fermé, il faut estimer le déplacement à partir de la vitesse et du cap. Worsley sait que l’incertitude grandit. Il cherche à aborder l’île avec une marge qui limite le risque de la dépasser. La terre est aperçue le 8 mai ; le débarquement n’a lieu que le 10. Trouver l’île et réussir à l’atteindre sont encore deux épreuves.

Savantissimo
08Page 8 sur 12

Trente-six heures à travers l’île

Illustration de la page « Trente-six heures à travers l’île ».

Les six hommes ont abordé la Géorgie du Sud du côté inhabité. Pour gagner les stations baleinières, il reste à contourner l’île par mer ou à la traverser. L’état du canot et des hommes pousse Shackleton vers la seconde solution.

La traversée se fait avec une corde, des vivres et un équipement réduit. Des vis prises au canot ont été fixées sous les bottes de Shackleton pour améliorer leur prise sur la glace.

Les trois hommes doivent chercher leur passage sans connaître l’intérieur de l’île.

Pentes, crevasses et mauvais itinéraires obligent à corriger la route. Après environ trente-six heures, ils arrivent à Stromness, le 20 mai. Ils peuvent enfin manger, se laver et demander de l’aide. Mais la délivrance de six hommes ne clôt pas la mission : vingt-deux attendent toujours au sud.

Savantissimo
09Page 9 sur 12

Wild, le chef de ceux qui restent

Illustration de la page « Wild, le chef de ceux qui restent ».

Sur l’île de l’Éléphant, Frank Wild dirige une communauté qui ne peut plus décider du jour de son départ. Les deux canots retournés, complétés par des pierres et de la toile, forment un abri bas. Il faut entretenir le foyer, trouver de la nourriture et maintenir des conditions de vie supportables.

Les chirurgiens veillent sur des hommes affaiblis et blessés par le froid. Perce Blackborow, dont les pieds ont gravement gelé, doit subir une amputation de plusieurs orteils. Son cas rappelle que survivre ne signifie pas sortir intact de l’épreuve.

Wild maintient le travail, le partage et l’espoir. Il ne peut apporter de preuve que Shackleton reviendra ; il peut préparer son équipe à tenir jusqu’à cette possibilité.

Le courage du canot se voit dans le mouvement. Celui de l’île se mesure à des journées recommencées, durant plus de quatre mois.

Savantissimo
10Page 10 sur 12

Le retour à bord du Yelcho

Illustration de la page « Le retour à bord du Yelcho ».

Depuis la Géorgie du Sud, puis depuis l’Amérique du Sud, Shackleton cherche un moyen de rejoindre l’île. Plusieurs tentatives échouent : la glace ferme l’accès ou les navires ne peuvent poursuivre. Son arrivée chez les baleiniers n’a pas supprimé les obstacles matériels.

Le gouvernement chilien met finalement le Yelcho à disposition. Commandé par Luis Pardo, ce petit navire n’est pas un puissant brise-glace. Il lui faut une ouverture. Le 30 août 1916, cette occasion se présente. Shackleton retrouve les vingt-deux hommes vivants et les fait embarquer rapidement.

Le groupe de l’Endurance est sauvé au complet. Le résultat tient à une continuité d’efforts : réparer, naviguer, organiser, soigner, attendre et repartir. Il tient aussi à l’aide de marins et d’autorités extérieurs à l’expédition. La résolution de Shackleton a trouvé les compétences et les moyens qui lui permettaient d’aboutir.

Savantissimo
11Page 11 sur 12

L’autre côté de l’expédition

Endurance Aurora Gagner le continent puis le traverser Préparer les dépôts de la fin du trajet

Il doit disposer des vivres pour les voyageurs censés arriver par le pôle. Il ignore que la traversée n’a jamais commencé. L’Aurora est arraché à son mouillage, laissant l’équipe à terre avec des moyens réduits. Malgré les privations, elle établit les dépôts. Arnold Spencer-Smith meurt pendant le retour ; Aeneas Mackintosh et Victor Hayward disparaissent ensuite en tentant un passage sur la glace. Les survivants ne sont secourus qu’en janvier 1917. Le contraste donne sa juste mesure à l’histoire. Les vingt-huit de l’Endurance sont revenus ; l’expédition prise dans son ensemble a perdu trois hommes. On peut admirer le sauvetage sans oublier ceux qui ont travaillé, de l’autre côté du continent, pour un objectif devenu impossible. DEUX GROUPES, DEUX DESTINS Une même organisation liait les deux équipes. Leurs informations, leurs moyens et leurs possibilités de secours étaient très différents.

Savantissimo
12Page 12 sur 12

Ce qui reste de l’Endurance

Illustration de la page « Ce qui reste de l’Endurance ».

La traversée a échoué. Le sauvetage de l’Endurance a réussi. Ces deux phrases décrivent la même aventure, mais elles ne jugent pas le même objectif. La grandeur de Shackleton se trouve dans sa capacité à engager son énergie au service de ses compagnons lorsque le prestige attendu s’est dérobé.

L’histoire garde aussi des noms moins célèbres : McNish pour le bateau, Worsley pour la route, Wild pour l’attente, Pardo pour le secours. Leur présence ne réduit pas le rôle du chef. Elle permet de voir ce qu’il consiste à réunir, à reconnaître et à faire durer.

À ton tour, choisis l’une des questions ci-dessous. Appuie ta réponse sur deux épisodes précis. Une aventure devient plus riche quand on sait expliquer ce que l’on admire et ce que l’on discuterait. 1. Quand la persévérance devient-elle de l’obstination ? 2. Quelle responsabilité garde-t-on lorsqu’on délègue ? 3. Peut-on parler de réussite si le projet initial a échoué ?

Savantissimo

Dans cette lecture

Confort de lecture

Ernest Shackleton · 16+ · Esprits critiques