Ida Pfeiffer
Ida Pfeiffer
Une voyageuse rentre à Vienne avec un carnet bien rempli et peu d’argent. Où trouver de quoi repartir ? Ida Pfeiffer pose son carnet sur la table. Si des lecteurs veulent acheter le récit de son voyage, l’aventure qu’elle vient de terminer pourra payer une partie de la suivante.
Au premier départ, en 1842, elle a quarante-quatre ans. Elle se rend au Proche-Orient, puis en Islande en 1845. Les petites expéditions financées avec soin finissent par la mener deux fois autour du monde.
Elle voyage sans la fortune d’un grand mécène. Elle s’appuie sur des transports commerciaux, des hôtes et des guides. Son indépendance se mesure à sa capacité de décider où aller et de trouver des moyens concrets de poursuivre.
Un rêve longtemps rangé
Ida Pfeiffer grandit à Vienne avec le goût des récits lointains. La vie familiale et les difficultés financières l’occupent longtemps. Quand ses fils sont adultes, elle peut enfin préparer son départ. Elle a déjà plus de quarante ans. Son âge compte dans cette histoire. Lorsqu’elle s’en va, elle sait déjà tenir un budget et faire face aux imprévus.
Son histoire ne commence pas par une jeunesse passée sur les routes. Elle montre qu’une vocation peut attendre sans disparaître.
Le devoir familial n’est pas, dans son récit, le contraire du désir de voyage. Sa trajectoire s’organise en plusieurs temps de vie.
Partir avec peu
En 1842, Ida part vers le Proche-Orient. Elle surveille ses dépenses, accepte des conditions inconfortables et apprend au fil des étapes. Son aventure dépend moins d’un grand équipement que d’une préparation attentive et d’une capacité à s’adapter. Une place modeste sur un bateau permet de garder quelques pièces pour la prochaine étape.
Elle voyage hors des cadres les plus attendus pour une Européenne de son milieu, sans se présenter comme une héroïne de roman.
Son autonomie ne signifie pas absence d’appuis. Transporteurs, hébergeurs et guides locaux rendent ses déplacements possibles.
Un cheval pour l’Islande
En 1845, Ida se rend en Islande. Quand la route s’efface, un cheval et un guide valent mieux qu’un itinéraire soigneusement recopié avant le départ. Les champs de lave et les pentes l’obligent à changer de rythme. Le soir, la voyageuse recommence à écrire. Le prochain lecteur voudra savoir comment on franchit un tel pays.
Le récit mêle distances, haltes et observations de la nature. Ses lecteurs suivent une personne qui doit compter ce qu’elle emporte et ce qu’elle dépense.
Les guides rendent possibles des trajets que l’expression « partir seule » pourrait faire croire solitaires de bout en bout.
Le livre finance le prochain départ
Ida transforme ses notes en livres. Les lecteurs s’intéressent à cette voyageuse qui raconte ce qu’elle a vu sans disposer des moyens d’une grande expédition. Les revenus et la réputation obtenus l’aident à organiser de nouveaux départs. Les lecteurs découvrent les prix, les repas et les logements à côté des grandes vues. Ils peuvent imaginer une journée entière de voyage.
L’écriture devient une partie de son économie du voyage, au même titre que les choix de transport et de logement.
Le public attend aussi des récits surprenants. La voyageuse doit transmettre une expérience tout en trouvant une forme qui se vend.
Deux fois autour de la Terre
Ida réalise un premier tour du monde entre 1846 et 1848, puis un second entre 1851 et 1855. Les étapes la conduisent en Amérique, en Asie et dans les mers du Sud. Chaque départ semble agrandir ce qu’elle pensait encore possible. À Bornéo, elle doit s’en remettre à des personnes qui savent conduire la pirogue et négocier les étapes.
Elle recueille aussi des spécimens d’histoire naturelle. Ses voyages intéressent progressivement les milieux savants.
Dire qu’elle voyage « seule » signifie surtout qu’elle n’appartient pas à une grande expédition européenne ; elle s’appuie continuellement sur des compagnons et des aides de passage.
Des passagers minuscules
Les caisses qui rentrent avec Ida renferment aussi des insectes, des coquillages ou des minéraux. Une petite bête fragile peut être bien plus difficile à rapporter qu’un gros caillou. Il faut protéger les spécimens et retenir leur lieu d’origine. Des naturalistes de Vienne pourront ensuite les étudier loin du lieu de collecte.
L’échantillon garde des caractéristiques que les mots peinent à décrire. Une bonne étiquette lui conserve son histoire.
La voyageuse travaille à la jonction de plusieurs métiers. Le lecteur achète une histoire, le musée reçoit un objet et chacun attend de la collecte des renseignements différents.
Madagascar, le voyage de trop
En 1857, Ida se rend à Madagascar. Elle se retrouve prise dans une situation politique tendue autour d’Européens présents sur l’île et doit partir. Malade, elle regagne finalement Vienne, où elle meurt en 1858. Tous les départs ne permettent pas de recommencer. Elle se trouve prise dans un conflit politique sur lequel elle a bien peu de prise.
Son dernier voyage rappelle qu’un visiteur entre dans des rapports politiques qu’il ne maîtrise pas.
Ses récits conservent également des préjugés de son époque. La détermination de la voyageuse ne rend pas tous ses jugements également justes.
Le courage de commencer tard
L’histoire d’Ida Pfeiffer ne tient pas à un seul exploit. Elle tient à une décision répétée : préparer un voyage, partir, apprendre, puis trouver comment repartir. La femme qui avait longtemps attendu aura accompli deux tours du monde et laissé plusieurs récits. Les objets qu’elle rapporte entrent aussi dans des collections. Les livres racontent ses étapes, les spécimens permettent d’autres observations.
Son parcours associe économie, ténacité et travail d’écriture. Le rêve dure parce qu’il devient une organisation concrète.
Elle élargit la figure de l’aventurier : ni grand commandant ni jeune athlète, mais une voyageuse qui transforme progressivement sa marge de liberté.
Le prix d’une journée de plus
Pourquoi noter le coût d’un billet ? Parce qu’un trajet cher aujourd’hui peut empêcher de repartir demain. Pfeiffer voyage avec des moyens comptés. Elle accepte des places inconfortables, observe les ressources disponibles et utilise l’accueil qu’on lui offre. Son audace s’exerce aussi au moment de préparer le lendemain.
Les revenus de ses publications et sa réputation modifient ensuite ses possibilités. Un voyage bien raconté élargit le champ du prochain par des mécanismes très matériels.
De Vienne à Madagascar
Premier grand voyage vers le Proche-Orient.
Voyage en Islande.
Deux tours du monde.
Retour à Vienne et mort de la voyageuse.
Après deux tours du monde, Ida tente encore un voyage à Madagascar. La situation politique se retourne contre des Européens présents dans le royaume. Elle est expulsée et sa santé se dégrade. Le retour à Vienne en 1858 est son dernier grand trajet.
L’expérience accumulée permet de composer avec un budget ou un logement sommaire. Elle laisse peu de prise sur une crise politique qui décide brusquement du droit de rester.
Ce que l’aventure nous laisse
Ida part assez tard pour avoir déjà vécu une autre vie. Elle apprend, vend ses récits, recueille des spécimens et organise un nouveau départ. Elle réussit ainsi deux tours du monde. Dans une collection de musée, un insecte gros comme un ongle rappelle encore l’ampleur de cette entreprise.
1. Quelle expérience acquise avant ses voyages lui sert en route ?
2. Que signifie voyager seule quand il faut des guides ?
3. Quelle trace du voyage préfères-tu étudier, un carnet ou un spécimen ?