Mary Kingsley
Mary Kingsley
Un poisson glissant, un bocal et du papier. Mary Kingsley vient de recueillir un spécimen. Si elle oublie d’indiquer où il a été pris, un savant saura peut-être le nommer, mais il aura perdu une partie de son histoire. Sur l’Ogooué, l’aventure se joue parfois à la taille d’une étiquette.
Lors de deux voyages, en 1893 puis en 1894-1895, Kingsley observe les animaux, les pratiques commerciales et la vie des communautés. Elle passe de la chaleur des rivières gabonaises aux hautes pentes du mont Cameroun.
1893-1895 · Grande-Bretagne · côte ouest-africaine · Gabon · Cameroun
Apprendre avant de partir
Durant des années, Kingsley a appris entre les rayons de la bibliothèque familiale et le chevet de ses proches. Au moment de partir vers l’Afrique, elle doit transformer ce savoir de lecture en décisions de terrain.
À la mort de ses parents, en 1892, Mary Kingsley peut enfin quitter l’Angleterre. Elle effectue un premier voyage en Afrique occidentale en 1893, puis un second en 1894-1895. Elle s’intéresse à la vie des commerçants et des habitants autant qu’aux spécimens d’eau douce.
Le fleuve comme chemin
Au cours de son second voyage, Mary remonte l’Ogooué. Les pagayeurs manœuvrent entre courants et rapides. Elle apprend à se fier aux compétences de ses compagnons. La rivière paraît un chemin commode, jusqu’au moment où elle oblige à tout débarquer. Un bon coup de pagaie donné trop tôt peut déséquilibrer une petite embarcation. Il faut lire le mouvement de tout l’équipage.
Sur l’Ogooué, en 1895, il faut adapter l’embarcation à la hauteur de l’eau et à la force du courant. Kingsley voyage avec des hommes qui connaissent les passages et les lieux où aborder. Ce sont aussi eux qui savent sur quelle rive on pourra obtenir un repas et un abri.
Conserver un poisson, garder un savoir
Mary collecte des poissons et d’autres animaux pour les naturalistes britanniques. Trouver un spécimen n’est que le début. Il faut le conserver, noter son origine et le transporter sans le perdre. Une petite boîte peut contenir des semaines de travail. En Europe, le spécialiste ne verra ni la rivière ni le pêcheur. Il dépendra des indications qui accompagnent l’animal.
Les poissons rapportés doivent rester identifiables après des semaines de transport. Le zoologiste Albert Günther étudie au British Museum une partie des spécimens de Kingsley. Le nom scientifique Ctenopoma kingsleyae, donné à un poisson, conserve le souvenir de sa collectrice.
Une étiquette voyage avec un poisson
Dans un bocal, un petit poisson conserve ses nageoires et ses écailles. Sur un papier, sa provenance garde la trace d’une eau particulière. Au retour de Kingsley, Albert Günther étudie des poissons et des reptiles qu’elle a rapportés. Le travail mené au bord de l’eau arrive ainsi sur la table d’un spécialiste.
Un spécimen peut donner lieu à une description anatomique. Son lieu de collecte permet en outre de comparer la présence d’animaux entre plusieurs cours d’eau.
Écouter dans les villages
Mary s’intéresse aux croyances et aux usages, notamment parmi les Fang. Elle conteste certaines idées toutes faites répandues en Europe. La conversation et l’observation deviennent pour elle des moyens de voyager aussi importants que la pirogue. Les réponses concernent des familles et des communautés précises. Il serait trompeur de les étendre à tout un continent.
Elle défend le commerce et critique certaines interventions missionnaires ou administratives qu’elle estime mal adaptées.
Une montagne au-dessus de la forêt
En 1895, Mary réalise une ascension du mont Cameroun. La progression traverse des milieux très différents. La voyageuse qui a passé des journées sur les rivières doit maintenant trouver son rythme sur les pentes, avec ses compagnons et leurs connaissances du terrain. La chaleur humide de la forêt cède la place à des pentes volcaniques plus ouvertes. Les repères du fleuve ont disparu.
En 1895, Kingsley entreprend l’ascension du mont Cameroun depuis la région côtière. Le passage de la forêt humide aux pentes de lave change complètement la marche. Plus haut, la pluie, le brouillard et le terrain volcanique comptent davantage que les règles de la navigation en pirogue.
Du courant à la lave
Après les rivières, une montagne. En 1895, Kingsley monte sur le volcan du Cameroun. Les arbres s’espacent, le sol devient plus rude et le temps change avec l’altitude. Sur une pirogue, les meilleurs repères étaient le courant et les rochers. Ici, c’est le versant qu’il faut apprendre à lire avec les compagnons de l’ascension.
La proximité de la côte et l’altitude élevée réunissent sur ce volcan des milieux qui diffèrent en quelques heures de marche.
Une aventure qui devient un livre
Travels in West Africa paraît en 1897. Le livre associe observations, humour et prises de position. En 1900, Mary part soigner des prisonniers pendant la guerre des Boers et meurt de la typhoïde. Sa dernière mission est un service auprès des malades. La voyageuse manie l’humour, y compris lorsqu’elle raconte ses propres maladresses.
Travels in West Africa paraît en 1897. Kingsley y fait entendre le bruit d’un camp autant qu’elle discute de commerce, de croyances et de politique. En 1900, elle part soigner des prisonniers pendant la guerre en Afrique du Sud et meurt à Simon’s Town.
Peut-on mettre une conversation en bocal ?
Un poisson peut être rapporté au musée. Une conversation, elle, doit être retenue, parfois traduite, puis rédigée. Kingsley pose des questions sur les usages et les croyances des personnes qu’elle rencontre. Son livre est riche parce qu’elle les écoute, mais il garde aussi la marque de ses catégories et de ses jugements.
Pourquoi rapporter un animal pour l’étudier demande-t-il bien plus que de le trouver ?
Un livre, puis un autre service
Premier voyage en Afrique occidentale.
Ogooué et mont Cameroun au cours du deuxième voyage.
Parution de Travels in West Africa.
Mort en Afrique du Sud.
Travels in West Africa paraît en 1897. Des lecteurs découvrent une femme qui parle aussi volontiers de poissons que d’une difficulté de voyage. En 1900, pendant la guerre des Boers, elle se rend en Afrique du Sud et soigne des prisonniers malades. Elle y meurt de la typhoïde.
L’enquête continue
Pour suivre Kingsley, il faut tenir en équilibre dans une petite pirogue et savoir se pencher sur un animal de quelques centimètres. L’aventure conduit ensuite dans un livre, puis dans un musée. Un détail correctement observé peut y rester utile bien plus longtemps que le voyage.
À TOI DE MENER L’ENQUÊTE
1. Que met Mary dans ses bocaux ?
2. Sur quel fleuve voyage-t-elle au Gabon ?
3. Pourquoi conserver l’origine d’un spécimen ?
4. Quel relief gravit-elle en 1895 ?
POUR VÉRIFIER TES RÉPONSES
Sources
- Details - Report on a collection of reptiles and fishes made by Miss. M. H. Kingsley during her travels on the Ogowe River and in Old Calabar - Biodiversity Heritage Library — https://www.biodiversitylibrary.org/part/58454
- Kingsley’s second West African journey was in 1894. She sailed to Calabar with Lady MacDonald, whose husband was the governor there. She stayed at Calabar for five months, collecting fish and insect specimens. She then embarked on a voyage to the upper Ogowé River in Gabon. She established a base at Lambaréné and made a daring trip up-river by canoe with an African crew. Later, she undertook an even more ambitious river journey northwards, cutting through unexplored bush. — https://prm.web.ox.ac.uk/files/mavungupdf