Louis Lachenal et Maurice Herzog
Louis Lachenal et Maurice Herzog
Les gants glissent et disparaissent dans la pente. À plus de huit mille mètres, Maurice Herzog vient de perdre un objet dont dépendent ses mains. Avec Louis Lachenal, il a atteint le sommet de l’Annapurna. Mais le petit groupe qui redescendra vivant de la montagne sera bien plus nombreux que la cordée du sommet.
Le 3 juin 1950, Herzog, chef de l’expédition, et Lachenal, guide de Chamonix, réussissent la première ascension d’un sommet de plus de huit mille mètres. Leurs compagnons, les travailleurs népalais et les guides sherpas ont rendu leur progression possible. Le danger va redistribuer les rôles.
Une équipe française vers l’Himalaya
En 1950, une expédition française rejoint le Népal. Maurice Herzog la dirige ; Louis Lachenal, Lionel Terray et Gaston Rébuffat comptent parmi ses grands alpinistes. Le projet est immense : atteindre un sommet de plus de huit mille mètres, ce qui n’a encore jamais été accompli. Les cartes disponibles rendent d’abord nécessaire une reconnaissance. Il faut même savoir vers quelle montagne diriger l’effort.
Les cartes et les reconnaissances disponibles sont limitées. L’équipe doit d’abord choisir une montagne et trouver un accès.
Trouver une voie avant la mousson
Les reconnaissances orientent l’expédition vers l’Annapurna. Il faut identifier une voie, installer des camps et acheminer les charges. La mousson approche. Chaque journée utilisée pour comprendre la montagne réduit le temps disponible pour la gravir et redescendre. Un camp haut sert à rapprocher les grimpeurs de l’objectif. Il faut du temps et des porteurs pour y rendre disponibles vivres et matériel.
Les Sherpas et les porteurs rendent possible cette organisation. Sans le transport des vivres et du matériel, aucun assaut final n’existerait.
Trouver la montagne avant la voie
La mission française part pour la région du Dhaulagiri et de l’Annapurna. On dispose de peu de temps avant la mousson et d’informations incomplètes. Les reconnaissances mobilisent plusieurs équipes. Tenter une vallée, en revenir, interroger et observer prend des jours. Ce n’est qu’après ce travail que l’Annapurna devient l’objectif praticable.
Dans une région alors peu accessible aux expéditions étrangères, l’approche est une partie majeure de l’ascension. Une carte actuelle en donne une impression trompeuse de simplicité.
Deux hommes sur le sommet
Le 3 juin 1950, Herzog et Lachenal atteignent le sommet de l’Annapurna, à 8 091 mètres. Ils grimpent sans oxygène supplémentaire. Le premier sommet de plus de huit mille mètres est atteint. Mais leurs corps, déjà éprouvés, ne disposent d’aucune réserve magique pour le retour. Au-dessus de huit mille mètres, chaque geste ralentit. Les deux hommes trouvent encore la force de repartir vers le bas.
Le manque d’oxygène rend l’effort et les décisions plus difficiles. Le froid menace les mains et les pieds.
Les compagnons remontent les sauver
Herzog et Lachenal souffrent de gelures. Terray et Rébuffat les aident à descendre. Une nuit dans une crevasse et les difficultés de visibilité aggravent la situation. La cordée victorieuse dépend désormais de ceux qui n’étaient pas avec elle sur le sommet. Terray et Rébuffat aident leurs compagnons épuisés. Quand la visibilité disparaît, quelques mètres de neige peuvent devenir un obstacle immense.
Le médecin Jacques Oudot, les Sherpas et l’ensemble de l’expédition participent ensuite à une évacuation éprouvante.
La cordée de la descente
Après le sommet, les gelures et le mauvais temps compliquent chaque geste. Herzog et Lachenal retrouvent Terray et Rébuffat. Une nuit se passe dans une crevasse. Le lendemain, il faut se dégager et retrouver les autres hommes de l’expédition. Sur cette partie du trajet, la question cruciale est de savoir qui peut encore voir le chemin, marcher et aider son voisin.
Les deux grimpeurs du sommet ne peuvent plus assurer seuls leur retour. Les guides sherpas et les membres de l’expédition interviennent dans le sauvetage et l’évacuation.
Le retour a un prix
Les gelures entraînent des amputations : Herzog perd des doigts et des orteils ; Lachenal, des orteils. Le retour en France est triomphal, mais les corps portent une autre histoire. La fierté nationale et la souffrance des hommes existent au même moment. Le médecin de l’expédition, Jacques Oudot, soigne les gelures durant le retour. Les évacuations prennent du temps avant de rejoindre des installations médicales.
Lachenal retrouvera une activité de montagne avant de mourir en 1955 dans une crevasse de la Vallée Blanche.
Deux regards sur une même montagne
Le livre d’Herzog donne au monde le grand récit de l’Annapurna. Les écrits de Lachenal font apparaître un autre regard sur le risque et sur la cordée. Les lire ensemble donne une histoire plus humaine : deux hommes unis dans l’ascension, sans être identiques dans leurs raisons d’avancer. Lachenal était déjà un guide et un grimpeur de premier plan. Sur le sommet, son expérience est aussi indispensable que celle du chef.
Lachenal insiste notamment sur le lien avec son compagnon. La fidélité à la cordée peut compter davantage qu’un objectif national.
Combien de risques pour deux ?
Une cordée progresse ensemble même lorsque ses membres n’accordent pas le même prix au prochain pas. Les écrits d’Herzog et de Lachenal montrent des sensibilités différentes au risque de gelure et à la décision de poursuivre. L’un dirige une expédition qui porte les espoirs d’un pays. L’autre connaît son métier de guide et l’obligation de ne pas laisser seul son compagnon.
Quel récit après la photographie ?
Reconnaissances au Népal.
Choix de l’Annapurna et établissement des camps.
Sommet atteint par Lachenal et Herzog.
Descente, secours et évacuation.
Le livre d’Herzog rend l’Annapurna célèbre dans le monde entier. Les écrits de Lachenal permettent de relire la même journée en regardant davantage les conséquences physiques et la relation de cordée. Les corps des deux hommes ont payé des amputations. Le retour en France, triomphal pour l’expédition, ouvre pour eux une autre épreuve.
L’enquête continue
À 8 091 mètres, la photographie montre une victoire française. Plus bas, un gant manque, un ami prête sa force et une équipe entière s’organise. Les trois gestes appartiennent à la même journée d’aventure. On mesure mieux l’exploit en suivant les hommes jusque dans la vallée.
À TOI DE MENER L’ENQUÊTE
1. Qui atteint le sommet ?
2. Quel objet Herzog perd-il à la descente ?
3. Quelle est l’altitude de l’Annapurna I ?
4. Quels deux compagnons les aident très haut ?