Fridtjof Nansen
Fridtjof Nansen
Quand un bateau reste bloqué, son capitaine essaie d’habitude de le libérer. Nansen a fait tout le contraire. Son Fram a été construit pour se laisser prendre par la banquise. Moteur arrêté, voiles inutiles, le bateau voyagera encore. Le capitaine parie sur le mouvement lent de la glace à travers l’océan Arctique.
Traverser la grande glace
En 1888, Fridtjof Nansen conduit une traversée de la calotte du Groenland d’est en ouest. Le choix du sens est audacieux : il faut progresser vers la côte habitée. La réussite exige des skis, une organisation rigoureuse et une équipe capable de tenir ensemble. La côte où l’équipe veut arriver est habitée. Derrière elle, le retour au point de départ serait extrêmement difficile.
Une idée à contre-courant
Des objets d’un navire naufragé près de la Sibérie ont été retrouvés vers le Groenland. Nansen y voit l’indice d’une dérive à travers l’Arctique. Au lieu de lutter sans cesse contre la glace, pourquoi ne pas se laisser transporter par elle ? La position des débris indique un déplacement. Elle ne garantit pas que la banquise passera exactement par le pôle.
Construire le Fram
Le Fram est construit avec une coque conçue pour résister aux pressions et être soulevée par la glace plutôt qu’écrasée. En 1893, l’expédition part. Bientôt, le navire cesse de naviguer librement : commence une longue attente en mouvement. On peut rester immobile par rapport à son voisin et traverser un océan en même temps. Tout dépend du repère que l’on choisit.
Le bateau qui monte sur la glace
Lorsque deux plaques se rapprochent, elles peuvent écraser les flancs d’un bateau ordinaire. Le Fram a des formes arrondies et une très forte charpente. L’idée est que les glaces le soulèvent au lieu de le serrer comme dans un étau. L’architecte naval Colin Archer a donné une coque à l’hypothèse de Nansen.
Quitter le bateau
En 1895, Nansen et Hjalmar Johansen quittent le Fram avec des traîneaux et des kayaks. Ils atteignent une latitude record pour l’époque, puis renoncent au pôle. Le retour vers une terre sûre devient plus important que l’objectif initial. Il faut tirer des embarcations légères pour franchir l’eau libre qui s’ouvre parfois entre les plaques.
Un toit pour passer l’hiver
Nansen et Johansen n’atteignent pas le pôle. En terre François-Joseph, ils doivent préparer un abri pour l’hiver de 1895-1896. Des pierres forment des murs bas et des peaux de morse servent de couverture. La grande ambition polaire se réduit alors à un travail très précis. Il faut garder un peu de chaleur jusqu’au lendemain.
Le pays et le monde
Nansen et Johansen sont sauvés en 1896 ; le Fram revient lui aussi. Le voyageur devient une grande figure norvégienne. Il participe ensuite à la vie diplomatique, notamment lors de l’indépendance de la Norvège en 1905, puis au service de personnes déplacées par les guerres. Pendant ce temps, Otto Sverdrup commande le Fram. Le bateau et les deux hommes reviendront par deux routes différentes.
Un passeport pour ceux qui n’en ont plus
Nansen œuvre au retour des prisonniers de guerre et à l’aide aux réfugiés. Le passeport Nansen permet à des apatrides de disposer d’un document reconnu pour voyager. En 1922, il reçoit le prix Nobel de la paix. L’homme des glaces a ouvert d’autres passages. Aux frontières d’Europe, des personnes déplacées se trouvent bloquées faute d’un document reconnu.
À toi de poursuivre le voyage
La vieille glace et la frontière fermée présentent des difficultés bien différentes. Nansen commence, dans les deux cas, par regarder ce qui bloque réellement le passage. Il fait ensuite fabriquer un outil qui agit sur cet obstacle précis, une coque arrondie ou un document que des États acceptent de reconnaître.