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15+ · Littérature

Émile Zola (1840–1902)

Émile Zola
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Un chantier avant les romans

Émile Zola et Paul Cézanne, adolescents, dans la campagne d’Aix.

Émile Zola naît le 2 avril 1840 à Paris, mais son enfance se déroule en grande partie à Aix-en-Provence. François Zola, son père, ingénieur originaire de Venise, veut acheminer de l’eau jusqu’à la ville. Pour qu’un canal sorte de terre, il faut des plans, des autorisations, des capitaux et des ouvriers. Le chantier commence en 1847 ; François meurt quelques semaines plus tard. Sa disparition laisse à sa famille autre chose que le souvenir d’un grand projet : une existence dépendante des décisions d’une société et de ses créanciers.

Au collège Bourbon, le jeune boursier se lie avec Paul Cézanne. Ils partagent lectures et promenades en compagnie de Baptistin Baille. Longtemps avant que ses romans ne fassent scandale, Zola a ainsi connu deux expériences distinctes : l’écart entre ambition et sécurité matérielle, et la liberté que donne un petit groupe d’amis décidé à faire de l’art.

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Apprendre comment un livre atteint son public

Le jeune Zola prépare des envois de livres chez Hachette.

À Paris à partir de 1858, Zola échoue deux fois au baccalauréat en 1859. Entré en 1862 chez Hachette, d’abord aux expéditions, il travaille ensuite à la publicité de la maison. Il y découvre que l’édition ne se résume pas au face-à-face d’un grand texte et d’un lecteur disponible. Il faut susciter une recension, intéresser un journaliste, assurer une distribution. Plus tard, les prépublications en feuilleton et les polémiques autour de ses livres élargiront considérablement son public.

Il publie Contes à Ninon en 1864, puis quitte Hachette en 1866. Comme critique d’art, il défend notamment Édouard Manet. Le geste engage déjà sa manière de juger : une œuvre peut déplaire justement parce qu’elle donne à voir ce que les conventions du bon goût tenaient hors de la toile.

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Le passage et l’expérience

Un passage couvert de Paris évoque le décor de Thérèse Raquin.

En 1867, Thérèse Raquin installe un crime et ses suites dans l’espace presque clos d’une boutique parisienne. Zola y suit les corps, la peur, l’épuisement et la vie commune après le meurtre. Face aux accusations d’immoralité, il défend dans la préface de la deuxième édition l’idée d’étudier des tempéraments. Le vocabulaire du laboratoire lui permet de déplacer la discussion : décrire une conduite ne revient pas à la recommander.

La comparaison scientifique a aussi sa limite. Un expérimentateur peut être détrompé par le résultat de son expérience ; un romancier choisit le crime, les circonstances et la dernière page. Le naturalisme de Zola gagne à être lu dans cette tension : il revendique l’enquête et le document, tout en organisant avec soin le trouble du lecteur.

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Les Rougon-Macquart, un arbre dans l’Histoire

Zola prépare les dossiers de sa famille de romans.

Émile et Alexandrine se marient en 1870. Avec La Fortune des Rougon, publié en volume en 1871, commence l’« histoire naturelle et sociale » d’une famille sous le Second Empire. Le coup d’État du 2 décembre 1851, qui ouvre le chemin au régime de Napoléon III, met en mouvement les ambitions de la première génération. Le projet tient sur deux axes : suivre une parenté et changer de milieu à chaque roman.

Zola prête à l’hérédité un pouvoir que les sciences de son siècle lui semblent autoriser. Le lecteur actuel n’a pas à accepter ces théories comme de la génétique moderne. Leur intérêt littéraire est ailleurs : deux descendants d’une même lignée, placés dans une mine, un grand magasin ou un ministère, n’ont ni les mêmes moyens ni les mêmes tentations. L’arbre fixe les parentés ; les romans inventent des bifurcations.

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La voix de Gervaise

Une scène de blanchisserie évoque le travail de Gervaise dans L’Assommoir.

En 1877, L’Assommoir fait entrer le langage populaire dans les appartements des lecteurs bourgeois. Gervaise travaille, économise et ouvre une blanchisserie. Le décrochage du ménage ne tombe pas du ciel : l’accident de Coupeau, la perte de revenus, les dettes et l’alcool s’entraînent les uns les autres. Réduire le livre à une leçon sur la boisson effacerait son interrogation sur le peu de marge dont disposent ces travailleurs face à un accident.

L’invention décisive tient à la narration. Même sans guillemets, le récit adopte parfois le rythme, les images et les jugements du quartier. Qui parle alors ? La voix de l’écrivain reste à l’œuvre, mais sa frontière avec celles du lavoir se déplace. C’est l’une des raisons du scandale : la langue du peuple ne se contente plus d’attendre son tour dans les dialogues.

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Une maison et six signatures

Émile et Alexandrine Zola à Médan.

Le succès de L’Assommoir permet aux Zola d’acheter en 1878 une maison à Médan. Agrandie au fil des années, elle abrite un grand cabinet de travail. Sur la cheminée, une devise latine rappelle le principe de l’écrivain : ne pas laisser passer un jour sans écrire une ligne. Derrière la réputation d’un provocateur se trouve le travail répétitif de celui qui doit faire tenir plusieurs générations sur des milliers de pages.

En 1880, Les Soirées de Médan réunit six nouvelles sur la guerre de 1870, dont L’Attaque du moulin de Zola et Boule de suif de Maupassant. Le titre donnera un nom à un groupe. Les récits, eux, résistent à l’idée d’une école où chacun appliquerait la même formule : un village assiégé et une diligence pleine de notables n’offrent pas le même observatoire sur une défaite.

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Anzin devient Montsou

Zola découvre le travail au fond de la mine dans le bassin d’Anzin.

En 1884, une grève conduit Zola dans le bassin minier d’Anzin. Il observe les corons, descend dans une fosse et recueille le vocabulaire du travail. Dans Germinal, publié en 1885, ces observations nourrissent un lieu inventé, Montsou. Étienne Lantier ne dirige donc pas « la grève d’Anzin » : son destin appartient à un roman situé sous le Second Empire, et Zola a enquêté sous la République.

Cette distance lui permet de réunir des temps différents. Il suit la faim qui se fait sentir sitôt la paie interrompue, les débats sur les moyens d’agir et la lente formation d’une conscience collective. La mine du Voreux prend des traits d’animal ; le titre, emprunté au mois de la germination dans le calendrier républicain, ouvre une perspective au-delà de la défaite immédiate. Le document et la métaphore travaillent ensemble.

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Les photographies et les silences d’une maison

Zola règle son appareil photographique à Médan.

En 1888 commence la relation de Zola avec Jeanne Rozerot, engagée comme lingère par son épouse Alexandrine. Deux enfants en naissent, Denise en 1889 et Jacques en 1891. Cette même année, Alexandrine apprend la double vie de son mari par une lettre anonyme. S’en tenir à ces faits évite de prêter à chacune des deux femmes des sentiments qu’aucun récit extérieur ne peut épuiser.

Zola achève en 1893 les vingt Rougon-Macquart avec Le Docteur Pascal. Il se passionne aussi pour la photographie, dont ses proches et ses enfants deviennent des sujets. L’appareil enregistre une présence à un instant donné ; il ne dit pas à lui seul qui savait quoi ni comment s’est négociée une place dans la famille. Voilà une limite précieuse du document chez un écrivain qui lui accordait tant de poids.

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Choisir d’être poursuivi

Un exemplaire du journal passe d’une vendeuse à un lecteur parisien en janvier 1898.

Condamné pour trahison en 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est envoyé au bagne de l’île du Diable. Des pièces secrètes ont été communiquées aux juges militaires à l’insu de la défense ; l’antisémitisme contribue à faire accepter l’accusation portée contre cet officier juif. Les indices qui désignent Ferdinand Walsin Esterhazy ne suffisent pas à faire céder l’institution. Zola prend publiquement parti en 1897. Le 11 janvier 1898, Esterhazy est acquitté.

Le 13 janvier, L’Aurore publie J’accuse… !, lettre ouverte à Félix Faure. L’anaphore finale distribue les responsabilités et expose son auteur à des poursuites en diffamation. La stratégie est risquée mais intelligible : il s’agit d’obtenir une audience publique devant une juridiction civile. Un article ne casse pas un jugement. Il peut, en revanche, obliger des témoins et des pièces à reparaître devant une société qui croyait le procès terminé.

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Un acquittement qu’il ne verra pas

Zola retrouve la France après son exil en Angleterre.

Après sa condamnation, Zola s’exile en Angleterre en juillet 1898. Il rentre en juin 1899 lorsque la Cour de cassation annule le jugement de 1894 et renvoie Dreyfus devant un nouveau conseil de guerre. À Rennes, celui-ci le condamne de nouveau. La grâce présidentielle lui rend la liberté, sans effacer la déclaration de culpabilité. Confondre grâce et réhabilitation reviendrait à laisser croire que la justice a alors reconnu son erreur.

Zola continue d’écrire. Il meurt le 29 septembre 1902 à Paris, intoxiqué par le monoxyde de carbone. L’hypothèse d’un acte volontaire a été avancée, sans preuve permettant de la tenir pour établie. Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation annule sans renvoi la condamnation de Rennes : Dreyfus est enfin réhabilité. Zola n’a pas assisté à cette décision. Il a contribué à la rendre possible en acceptant qu’un tribunal examine aussi sa propre responsabilité d’auteur.

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Sources

  • Société littéraire des amis d’Émile Zola, Les Cahiers naturalistes — Émile Zola : une vie — https://www.cahiers-naturalistes.com/documents/zola-et-arts/ecrits-sur-lart-de-zola/emile-zola-une-vie/
  • Bibliothèque nationale de France — Zola au jour le jour — https://www.bnf.fr/fr/zola-au-jour-le-jour
  • Bibliothèque nationale de France — Germinal, édition de 1885 — https://catalogue.bnf.fr/ark%3A/12148/cb31690683k
  • Archives zoliennes — J’Accuse et la réhabilitation de Dreyfus — https://www.archives-zoliennes.fr/les-oeuvres-de-zola/jaccuse/
  • Émile Zola — Lettre au président de la République publiée le 13 janvier 1898 dans L’Aurore, texte intégral — https://www.cahiers-naturalistes.com/affaire-dreyfus/jaccuse/
  • Émile Zola — L’Assommoir (1877), Germinal (1885) et Le Docteur Pascal (1893)
  • Oxford World’s Classics — Émile Zola, Doctor Pascal, chronologie — https://api.pageplace.de/preview/DT0400.9780191063190_A40523293/preview-9780191063190_A40523293.pdf
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