Roald Amundsen
Roald Amundsen
Imagine un sac de nourriture posé sur une immense page blanche. Dans un mois, il faudra retrouver ce sac au milieu du vent, peut-être sans bien voir à dix pas. Amundsen prépare son arrivée au pôle Sud en affrontant d’abord ce problème. Comment retrouver les provisions du retour ?
Pendant son passage du Nord-Ouest, de 1903 à 1906, il apprend auprès des Inuit du nord du Canada. Il prête attention à la coupe des vêtements, à la conduite des chiens et au soin du matériel. Ces leçons l’accompagneront jusqu’à l’autre bout du monde.
Le succès norvégien de 1911 se comprend en reconstituant tous les choix de préparation. Dépôts, skis, trajets et équipiers forment un système. Longtemps avant le dernier kilomètre, chacun de ces choix modifie la probabilité de rentrer vivant.
Apprendre le froid
Roald Amundsen comprend tôt qu’un voyage polaire ne se réussit pas par la volonté seule. Il apprend la navigation et le déplacement dans le froid. Les vêtements, la nourriture et les habitudes quotidiennes sont pour lui des questions aussi sérieuses que la destination. Quand un gant est humide ou qu’une courroie casse, une grande marche peut s’arrêter pour une toute petite raison.
Son expérience de la Belgica, immobilisée dans l’Antarctique, renforce cette attention à la survie et à l’organisation.
Le futur exploit se construit dans l’apprentissage des erreurs et des limites, pas seulement dans la recherche d’un record.
Un passage au nord de l’Amérique
Entre 1903 et 1906, Amundsen franchit le passage du Nord-Ouest à bord du Gjøa. Pendant les hivernages, il apprend auprès des Inuit, notamment sur les vêtements et les chiens. Il prend ces savoirs au sérieux et les adapte à ses projets. L’équipage étudie aussi le magnétisme. Les hivernages sont l’occasion de mesures et d’apprentissages auprès des Netsilik.
Le petit navire peut emprunter des eaux peu profondes. Le choix du matériel répond au terrain plutôt qu’au prestige.
L’apprentissage auprès des habitants est une décision de méthode. Reconnaître leur compétence contribue directement à ses réussites ultérieures.
Sept hommes dans un petit bateau
Le Gjøa est un bateau étonnamment petit pour une grande aventure. Sept hommes à bord doivent trouver leur place avec du matériel et des provisions. Son faible tirant d’eau est un avantage dans certains chenaux. Au lieu de choisir le bâtiment le plus imposant, Amundsen a retenu celui qu’une petite équipe peut mener là où elle doit passer.
Le passage du Nord-Ouest relie les océans Atlantique et Pacifique au nord de l’Amérique. Glaces et hauts-fonds en compliquent la navigation.
Une petite équipe coûte moins à approvisionner et dispose aussi de moins de bras en cas d’avarie. Le choix du navire engage tout un mode d’organisation.
Changer de pôle
Amundsen prépare d’abord une expédition vers l’Arctique. Après les annonces de conquête du pôle Nord en 1909, il réoriente discrètement son projet vers le Sud. Lorsqu’il révèle son choix, l’expédition de Robert Falcon Scott vise déjà le même objectif. En 1910, à Madère, Amundsen expose à l’équipage sa destination australe. Le nom du bateau, Fram, vient de l’expédition de Nansen.
La décision crée une course et suscite des critiques. Les financements et la notoriété entrent dans le calcul.
Un excellent organisateur peut aussi prendre une décision discutable dans sa manière d’informer ses soutiens. La compétence n’exclut pas les tensions morales.
Préparer le chemin du retour
En Antarctique, les Norvégiens préparent des dépôts, règlent leur matériel et repèrent les itinéraires. Les réserves doivent être retrouvées même par mauvaise visibilité. Chaque détail compte : le retour du pôle dépend de ce qui aura été installé avant d’y aller. Il faut pouvoir reconnaître un dépôt en arrivant un peu trop à gauche ou un peu trop à droite.
Skis, chiens et organisation des étapes forment un système cohérent, adapté aux compétences de l’équipe.
La réussite est logistique autant que sportive. Elle repose sur la réduction de risques prévisibles, même si la montagne et le climat gardent leur part d’incertitude.
Un dépôt plus large que sa caisse
Près de la piste, les Norvégiens placent des marques sombres dans la neige. En les répartissant de part et d’autre, ils agrandissent les chances de voir un repère même si la marche a dévié. La caisse n’a pas bougé et reste toute petite. C’est la zone dans laquelle on peut la retrouver qui s’est élargie.
Sur un terrain sans arbre ni clocher, un signe éloigné du dépôt peut être aussi précieux que le dépôt lui-même.
La méthode tient compte d’une erreur possible au lieu d’exiger des hommes qu’ils ne se trompent jamais. C’est une des formes les plus efficaces de la prévoyance.
Cinq hommes au pôle Sud
Le 14 décembre 1911, Amundsen, Bjaaland, Hanssen, Hassel et Wisting atteignent le pôle Sud. Ils effectuent des mesures pour s’assurer de leur position. Le lieu n’a ni panneau ni frontière visible : il faut établir précisément où l’on se trouve. Le soleil tourne sur l’horizon sans donner une borne matérielle à toucher du doigt. Plusieurs observations sont nécessaires.
Ils laissent une tente et un message, puis reprennent le chemin du retour. La réussite n’est pas complète tant qu’ils ne sont pas rentrés.
Nommer les cinq hommes rappelle que le record célèbre un chef, mais qu’il a été accompli par une équipe.
Revenir fait partie de gagner
Les Norvégiens regagnent leur base. Scott et ses compagnons atteignent le pôle plus tard et meurent au retour. Le contraste marque durablement l’histoire. Amundsen poursuivra ses explorations et disparaîtra en 1928 en participant aux recherches d’une expédition en détresse. Les décisions prises à l’aller continuent de protéger les hommes quand la fatigue alourdit le pas.
Comparer les deux entreprises demande de regarder méthodes, matériel, météo et événements, sans réduire le drame britannique à un simple défaut de courage.
Le plus bel héritage d’Amundsen est une exigence pratique : un objectif doit être préparé jusqu’à son retour, et non jusqu’à sa photographie de victoire.
Où planter la tente ?
On peut planter une tente n’importe où sur le plateau. La planter près du pôle Sud exige de déterminer une position. Amundsen et ses compagnons prolongent leurs observations et parcourent les environs pour limiter leur incertitude. Le 14 décembre 1911 est la date de leur arrivée. La neige, elle, ressemble à celle de la veille.
Une photographie de drapeau raconte l’arrivée. Ce sont les observations de navigation et leur cohérence qui permettent de situer le camp. Les deux traces répondent à des questions différentes.
Cinq au pôle, davantage derrière eux
Passage du Nord-Ouest sur le Gjøa.
Départ du Fram vers l’Antarctique.
Arrivée de cinq Norvégiens au pôle Sud.
Retour à Framheim.
Bjaaland, Hanssen, Hassel, Wisting et Amundsen forment le groupe qui gagne le pôle. Il faut ajouter les hommes restés à la base, les savoirs acquis dans l’Arctique et le travail de préparation. Après des semaines d’effort, le même équipage rejoint Framheim en janvier 1912.
Comparer leur réussite à la fin tragique de Scott demande de tenir compte des itinéraires, des méthodes et des circonstances. Le retour se joue dans une succession de décisions dont aucune ne résume seule le sort des hommes.
Ce que l’aventure nous laisse
Le grand exploit s’achève au retour à Framheim. Regarde la ligne des drapeaux de dépôt et tu verras mieux ce qu’a construit Amundsen. Il a préparé des points où les hommes fatigués trouveraient une réponse toute simple à la question du lendemain. De quoi manger, se réchauffer et repartir.
1. Quelle erreur de route les marques de dépôt rendent-elles moins grave ?
2. Quel est le rôle de la mesure dans une première géographique ?
3. Pourquoi donner aussi les noms des quatre compagnons ?