Animaux des déserts et des pôles
Les animaux des déserts et des pôles
La température de l’air ne suffit pas à définir un milieu. L’ombre d’un terrier, un trou dans la banquise et le courant d’une rivière créent chacun des possibilités précises. Suivons ces passages entre des milieux séparés.
Le fennec
Sahara et déserts d’Afrique du Nord · Vulpes zerda
Il passe les heures chaudes dans un terrier. Ses oreilles sensibles l’aident à localiser de petites proies. Le sang qui y circule peut aussi y perdre de la chaleur. La surface exposée est grande par rapport à la petite taille du corps. La fourrure sous les pattes limite le contact direct avec le sol brûlant. Une température mesurée en plein soleil ne décrit pas celle que subit l’animal blotti dans son terrier. Le choix de l’heure et de l’abri participe autant à l’adaptation que la forme du corps.
Environ 1 à 1,5 kg, le poids d’une bouteille d’eau. Ses oreilles peuvent atteindre 15 cm.
Le dromadaire
Régions arides d’Afrique et d’Asie, surtout en troupeaux domestiques · Camelus dromedarius
Sa bosse renferme de la graisse, une réserve d’énergie. Ses larges pieds s’étalent sur le sable et l’aident à ne pas trop s’y enfoncer. Le stockage localisé de la graisse et des réponses physiologiques à la déshydratation contribuent à sa vie en milieu sec. Il reste dépendant d’un accès périodique à l’eau. La durée possible entre deux abreuvements varie avec la température, le travail fourni et l’humidité des aliments. Un record ne décrit pas le besoin quotidien de tous les troupeaux.
Souvent 400 à 600 kg chez l’adulte, des centaines de fois le poids du fennec.
Le scinque des sables
Dunes sableuses d’Afrique du Nord et du Proche-Orient · Scincus scincus
Son corps lisse et son museau en coin entrent dans le sable meuble. Une fois enfoui, il plaque ses pattes contre le corps et avance par ondulations. Les rayons X permettent de suivre un animal que le sable masque entièrement. Les images révèlent une onde qui progresse le long du corps tandis que le lézard avance. Le sable est un milieu granulaire, dont les grains se réorganisent sous l’effort. Le mouvement adapté à cette résistance diffère de la course que l’on voit en surface.
Souvent de l’ordre de 15 à 20 cm, comme un crayon.
La tortue sillonnée
Zones sèches du Sahel · Centrochelys sulcata
Cette grande tortue herbivore se protège des heures chaudes dans un terrier. Les écailles épaisses de ses pattes avant forment une armure contre les frottements. En profondeur, la température varie moins brutalement qu’en surface. Une grosse carapace ne protégerait pas à elle seule des longues heures de forte chaleur. Les touffes d’herbe et un sol où creuser doivent être disponibles ensemble. La dégradation d’un seul de ces éléments peut rendre un secteur moins favorable.
Les grands adultes dépassent 50 kg et peuvent avoir une carapace longue d’environ 70 cm.
L’ours polaire
Banquise et côtes de l’Arctique · Ursus maritimus
Sur la banquise, l’ours peut attendre un phoque à son trou de respiration. Ses grandes pattes répartissent sa masse et l’aident aussi à nager. La fourrure épaisse et une couche de graisse réduisent les pertes de chaleur. Des poils et de petites aspérités sous les pattes améliorent la prise sur la glace. Le temps passé sur la glace gouverne l’accès à des proies riches. Dans une région où la glace se forme plus tard ou casse plus tôt, la durée du jeûne à terre peut s’allonger.
Un mâle adulte pèse souvent 350 à 600 kg et peut mesurer environ 2,4 m de long, deux enfants de 1,20 m bout à bout.
Le renard polaire
Toundras et côtes de l’Arctique · Vulpes lagopus
La forme au pelage blanc en hiver devient plus sombre en été. Il existe aussi une forme dite bleue, qui reste nettement plus foncée. Ses oreilles courtes limitent les surfaces exposées au froid. Il cache de la nourriture, notamment des œufs d’oiseaux, pour les périodes où les ressources diminuent. Le succès reproducteur peut suivre l’abondance des petits rongeurs. Une mauvaise année sur un site ne décrit donc pas automatiquement toutes les populations de l’Arctique.
Souvent autour de 3 à 5 kg, plusieurs fois moins qu’un enfant.
Le morse
Mers peu profondes et glaces de l’Arctique · Odobenus rosmarus
Les vibrisses du museau forment une brosse tactile. Les longues défenses servent notamment dans les relations entre individus et peuvent aider à prendre appui sur la glace. Le morse aspire les parties molles des mollusques. Dans l’eau trouble, ses vibrisses donnent des informations que ses yeux ne peuvent pas obtenir aussi facilement. La distance entre les lieux de repos et les fonds riches en proies détermine le coût des déplacements. Une plate-forme de glace et une plage ne se trouvent pas toujours aussi près du même banc de coquillages.
Un grand mâle peut dépasser 1 tonne et 3 m de long, la masse et la longueur d’une petite voiture.
Le phoque de Weddell
Banquise côtière de l’Antarctique · Leptonychotes weddellii
Ce phoque entretient des ouvertures dans la glace à l’aide de ses incisives et de ses canines. Il peut ainsi chasser sous une épaisse couverture sans perdre l’accès à l’air. L’usage répété des dents sur la glace les use fortement. La présence de fissures naturelles peut aussi rendre certaines zones plus accessibles que d’autres. Une longue plongée n’indique pas à elle seule une bonne chasse. Des capteurs de profondeur et de mouvements permettent d’en distinguer les phases et les tentatives de capture.
Un adulte peut dépasser 3 m et peser plusieurs centaines de kilos.
Le castor d’Europe
Escale d’eau douce · cours d’eau européens · Castor fiber
Des incisives orangées lui permettent de ronger branches et troncs. Son gîte peut être un terrier de berge ou une hutte dont l’entrée s’ouvre sous l’eau. Sur de petits cours d’eau, un barrage peut maintenir une profondeur suffisante devant l’entrée. Dans une grande rivière déjà profonde, le castor peut se passer de barrage. Guetter la présence d’un barrage sous-estime donc sa répartition. Branches fraîchement rongées, empreintes et coulées complètent l’enquête.
Un adulte pèse généralement de l’ordre de 15 à 30 kg.
La loutre d’Europe
Escale d’eau douce · rivières et lacs européens · Lutra lutra
Elle chasse notamment des poissons et utilise des abris de berge. Sous les ponts et sur les pierres émergées, elle laisse des crottes odorantes appelées épreintes. Ces dépôts de marquage contiennent parfois des écailles ou des fragments d’os. Ils renseignent sur une partie des proies consommées. Une crue peut emporter les indices. L’absence d’épreinte à la première visite ne prouve pas l’absence de loutre ; les protocoles prévoient des recherches répétées.
Le martin-pêcheur d’Europe
Escale d’eau douce · berges et ruisseaux européens · Alcedo atthis
Depuis un perchoir, il repère une proie puis plonge. Pour nicher, le couple creuse un tunnel dans une berge de terre suffisamment abrupte. L’eau doit laisser voir les proies et la berge doit se prêter au creusement. Une rivière n’offre pas partout ces deux conditions à la fois. Stabiliser toute une berge avec de la pierre supprime parfois les parois meubles qui servaient à la nidification. Laisser des secteurs naturels permet au cours d’eau de renouveler ces sites.
Environ 16 à 19 cm, bec compris, presque un crayon.
La grenouille rousse
Escale d’eau douce · mares et prairies humides d’Europe · Rana temporaria
La femelle pond un amas d’œufs gélatineux dans l’eau. Après la métamorphose, les jeunes quittent la mare et chassent de petites proies sur terre. Le développement dépend de la température et de la durée de présence de l’eau. Une ponte abondante ne signifie pas que tous les têtards arriveront à la métamorphose. Compter les amas au printemps donne un indicateur de la reproduction. Sans visite ultérieure, il ne renseigne pas sur les jeunes qui ont effectivement quitté la mare.
Souvent 6 à 9 cm chez l’adulte, moins qu’un crayon.
La petite gerboise
Sables et zones arides d’Afrique du Nord · Jaculus jaculus
La gerboise sort surtout à la fraîche. Ses pattes arrière fournissent la poussée et la longue queue l’aide à se rééquilibrer au cours des bonds. Une activité nocturne réduit l’exposition au soleil. Le terrier amortit les variations de température que connaît la surface en pleine journée. Une recherche en milieu de journée risque de conclure à tort que le secteur est vide. Horaires et traces de bonds comptent autant que le nombre d’animaux vus.
Environ 10 à 12 cm de corps, avec une queue encore plus longue.
Le manchot Adélie
Rivages rocheux et banquise de l’Antarctique · Pygoscelis adeliae
Les couples installent sur les zones rocheuses des nids de petits cailloux. Le matériau surélève les œufs par rapport à l’eau qui ruisselle quand la neige fond. La reproduction lie la disponibilité de rochers dégagés et celle des proies marines. Le retour du parent nourricier dépend du trajet jusqu’aux zones de pêche. L’effet de la glace varie selon le moment et la région. Des ouvertures aident l’accès à la mer, tandis qu’une neige persistante peut limiter les emplacements de nids.
Environ 70 cm debout, à peine la hauteur d’une table.
Le bœuf musqué
Toundras de l’Arctique · Ovibos moschatus
Quand un prédateur approche, les adultes peuvent se regrouper face à lui, avec les jeunes derrière eux ou au centre. Le troupeau reste une défense mobile. Une bourre très fine sous les longs poils isole le corps. Au printemps, cette couche se détache par touffes que l’on peut retrouver dans la végétation. La formation défensive dépend du terrain et du danger. Elle ne prend pas systématiquement la forme d’un cercle parfait, contrairement au dessin classique.
Les grands mâles peuvent dépasser 300 kg.
Le moloch épineux
Déserts et broussailles sèches d’Australie · Moloch horridus
Un réseau de fins canaux entre les écailles conduit de l’eau vers la bouche. Le lézard peut ainsi profiter d’eau en contact avec son corps. L’eau avance par capillarité. Elle arrive aux lèvres, puis est avalée : la peau sert de réseau de transport, pas de bouche géante. Les expériences avec différentes sources d’eau permettent de distinguer sable humide, gouttes et condensation. Leur efficacité ne se déduit pas de la seule présence des canaux.
Souvent moins de 20 cm, épines comprises, la longueur d’un crayon.
Le narval
Eaux arctiques près des glaces · Monodon monoceros
Chez la plupart des mâles, une dent supérieure, généralement à gauche, s’allonge à travers la lèvre. La grande majorité des femelles n’en portent pas de longue. Des observations associent la défense aux interactions entre individus. Les usages peuvent être multiples, et les rencontres sous la glace sont difficiles à observer directement. Repérer une défense en surface favorise la détection des mâles qui en portent une. Un comptage fiable doit tenir compte des plongées et des individus moins visibles.
Le corps mesure environ 4 à 5 m. La défense de certains mâles dépasse 2 m.
La légine antarctique
Eaux froides de l’océan Austral · Dissostichus mawsoni
L’eau de mer salée peut rester liquide sous 0 °C. La légine antarctique possède dans ses liquides corporels des glycoprotéines antigel qui limitent la croissance des cristaux de glace. Ces molécules se fixent à la surface de minuscules cristaux. Leur effet diffère de celui du sel qui abaisse le point de congélation de l’eau. Une température moyenne ne décrit pas à elle seule l’exposition réelle : le contact avec des cristaux de glace dépend du lieu et de la profondeur. L’adaptation protège un organisme dans des conditions physiques particulières.
De grands adultes peuvent dépasser 2 m et 100 kg.
À la même échelle
Un ours de 2,40 m de long mesure autant que deux enfants de 1,20 m mis bout à bout.
Trouver l’eau, garder la chaleur
Distinguer l’aire de l’Arctique et celle de l’Antarctique évite de comparer des proies et des prédateurs qui ne se rencontrent jamais. En Europe, suivre des indices de loutre ou de castor pose une question locale tout autre, celle de la continuité des cours d’eau.
Sources
- Le fennec · Fennec Fox | San Diego Zoo Animals & Plants
- Le dromadaire · Camel | San Diego Zoo Animals & Plants
- Le scinque des sables · Undulatory swimming in sand: subsurface locomotion of the sandfish lizard.
- La tortue sillonnée · African spurred tortoise | MNHN
- L’ours polaire · Polar bear – Norsk Polarinstitutt
- Le renard polaire · Arctic Fox: Wildlife Notebook Series - Alaska Department of Fish and Game
- Le morse · Pacific Walrus Species Profile, Alaska Department of Fish and Game
- Le phoque de Weddell · Weddell seal – Australian Antarctic Program
- Le castor d’Europe · Castor d’Europe | Office français de la biodiversité
- La loutre d’Europe · Identifier les indices de présence de la Loutre d’Europe - Epreintes et marquages · Centre de ressources de la SFEPM · SFEPM
- Le martin-pêcheur d’Europe · Martin pêcheur | Muséum national d'Histoire naturelle
- La grenouille rousse · Grenouille rousse (La) - Rana temporaria | Biodiv'Écrins - Parc national des Écrins
- La petite gerboise · Jaculus jaculus (lesser Egyptian jerboa) | INFORMATION | Animal Diversity Web
- Le manchot Adélie · Adélie penguin – Australian Antarctic Program
- Le bœuf musqué · muskoxen - Alaska Nature and Science (U.S. National Park Service)
- Le moloch épineux · Adsorption and movement of water by skin of the Australian thorny devil (Agamidae: Moloch horridus)
- Le narval · Narwhal | NOAA Fisheries
- La légine antarctique · Freezing avoidance and the distribution of antifreeze glycopeptides in body fluids and tissues of Antarctic fish.
- Silhouette de comparaison · Margot Michaud · Licence