Animaux sous la terre
Les animaux dans la terre
La chaîne de décomposition relie feuilles, microbes et animaux. Pour comprendre un sol, distinguons les fragments visibles, les réactions des microbes et les effets physiques des galeries.
Le lombric terrestre
Prairies et jardins humides d’Europe · Lumbricus terrestris
Ce grand lombric creuse une galerie plutôt verticale. La nuit, il vient saisir des débris végétaux en surface, souvent sans sortir tout son corps. Les débris descendus sous terre alimentent le ver et les microbes. Les galeries modifient aussi les chemins que peuvent suivre l’eau et les racines. Cette espèce profonde n’a pas le même rôle que les petits vers qui restent dans la litière. Mesurer seulement le nombre total de vers masque ces différences de travail.
Un adulte peut approcher la longueur d’une règle de 30 cm.
La taupe d’Europe
Prairies, bois et jardins européens · Talpa europaea
La taupe patrouille dans ses galeries à la recherche de vers et d’autres invertébrés. Elle peut aménager une chambre de repos ainsi que des réserves. Certaines proies sont immobilisées par des morsures et conservées vivantes. Le réseau de galeries sert donc aussi de piège où tombent ou pénètrent des proies. Le nombre de taupinières indique une activité de creusement, pas un nombre équivalent de taupes. Un seul animal peut produire de nombreux tas dans son territoire.
Environ 12 à 16 cm de corps pour la plupart des adultes, presque un crayon.
Le cloporte commun
Litière, pierres et bois humide en Europe · Armadillidium vulgare
Ce cloporte mange notamment des débris végétaux. Sept paires de pattes le portent sous une carapace articulée. Cette espèce peut se refermer presque entièrement en boule. Les femelles transportent leurs œufs dans une poche incubatrice ventrale. Dans le sol, l’humidité limite fortement les lieux où l’animal reste actif en surface. Une dalle humide peut concentrer des cloportes en période sèche. Une forte densité sous une seule pierre peut refléter cet abri favorable plutôt qu’une abondance uniforme du sol.
Environ 1 à 1,8 cm. Un individu de 1,5 cm a la moitié de la longueur d’un trombone de 3 cm.
La fourmi noire des jardins
Sols ouverts, jardins et bordures en Europe · Lasius niger
Les ouvrières rapportent au nid de la nourriture pour la colonie. Elles visitent aussi les pucerons, dont elles recueillent un liquide sucré, le miellat. En défendant ces sources de sucre, elles peuvent éloigner des prédateurs de pucerons. L’échange de protection et de nourriture change les relations autour de la plante. Le nombre de fourmis qui montent dans une plante ne suffit pas pour estimer leur effet. Observer les pucerons et leurs prédateurs complète l’enquête.
Une ouvrière mesure quelque 3 à 5 mm, moins que la largeur d’un petit pois.
La courtilière commune
Sols meubles et humides d’Europe · Gryllotalpa gryllotalpa
Les fortes pattes avant écartent le sol. Le mâle chante près de l’entrée d’une galerie dont la forme aide à projeter le son vers l’extérieur. Comme les grillons, il produit le son par frottement de structures des ailes antérieures. La galerie acoustique augmente la portée du chant au ras du sol. Une écoute à la bonne saison révèle des mâles bien plus facilement qu’une recherche visuelle. Le chant ne permet pas de dénombrer les femelles silencieuses.
Un adulte mesure souvent 4 à 5 cm, un peu plus qu’un grand trombone.
La larve de hanneton commun
Terre des prairies, cultures et lisières européennes · Melolontha melolontha
Le hanneton passe une grande partie de sa vie à l’état de larve dans le sol. Après sa transformation, l’adulte peut rejoindre les arbres et manger leurs feuilles. Sous nos climats, son cycle s’étale souvent sur plusieurs années. La profondeur à laquelle on trouve les larves varie avec la saison et les conditions du sol. Déterminer l’espèce évite des erreurs : d’autres larves blanches en C consomment surtout du bois mort ou des matières en décomposition. Les pattes et l’extrémité de l’abdomen aident à les distinguer.
Une grande larve peut mesurer 4 à 5 cm, à peu près la longueur d’une clé.
La lithobie à pinces
Sous les pierres et dans la litière d’Europe · Lithobius forficatus
Cette chasseuse aplatie poursuit de petits invertébrés. L’adulte porte quinze paires de pattes locomotrices, réparties le long du corps. Près de la tête, une paire d’appendices transformés en crochets venimeux, les forcipules, maîtrise la proie. Ce sont des pattes modifiées. Son corps plat lui permet d’exploiter l’espace étroit entre écorce et bois. En retirant tout le bois mort, on supprime à la fois un terrain de chasse et les proies qui s’y développent.
Souvent 2 à 3 cm de long, sans les longues antennes.
L’iule
Sol forestier et feuilles en décomposition, Europe · Diplopodes du groupe des iules
La plupart des anneaux du tronc portent deux paires de pattes. L’iule fragmente des feuilles mortes et se cache dans les endroits humides. Son corps cylindrique se distingue de celui, plus plat, de la lithobie prédatrice. La fragmentation des feuilles aide aussi les micro-organismes à les attaquer. Observer ce que l’animal avale et ce qu’il rejette aide à estimer son rôle. La quantité de matière fragmentée dépend de l’humidité et de la nature des feuilles.
Selon l’espèce, de quelques millimètres à plusieurs centimètres.
Le collembole sauteur
Mousses, litière et surface du sol · Collemboles munis d’une furca
Beaucoup de collemboles possèdent une fourche repliée sous l’abdomen. En se détendant contre le sol, elle les projette loin d’un danger. La furca est maintenue en position par un dispositif d’accrochage. Chez plusieurs espèces vivant en profondeur, elle est réduite ou absente. Un échantillon de mousse de surface n’abrite pas le même ensemble qu’une carotte de sol profond. Compter seulement les individus qui sautent écarte précisément les espèces dépourvues de furca.
Souvent 1 à 3 mm : plusieurs tiendraient sur la largeur de l’ongle du petit doigt.
Le carabe doré
Champs, jardins et bordures d’Europe occidentale · Carabus auratus
Il capture diverses petites proies, dont des limaces et d’autres invertébrés. Son dos vert métallique est formé par les élytres, les ailes antérieures durcies. Chez cette espèce, les ailes de vol sont réduites. Ses trajets entre les abris et les terrains de chasse se font à pied. Un piège au sol renseigne sur la présence et l’activité de marche. Il capture davantage un animal actif qu’un voisin tout aussi nombreux mais peu mobile.
Environ 2 à 3 cm, plus court qu’un petit doigt.
L’araignée-loup
Litière, sols découverts et herbes basses d’Europe · Lycosidae
Beaucoup d’araignées-loups poursuivent leurs proies au sol. La femelle attache son cocon à l’arrière de l’abdomen. Elle peut continuer à se déplacer tout en le transportant. Après l’éclosion, les petits peuvent monter sur le dos maternel et y rester un temps. Cette garde se distingue de celle d’une ponte fixée à un support. Confondre une femelle portant son couvain et plusieurs adultes fausserait un relevé sur image. Le détail du portage permet aussi d’identifier une étape du cycle de reproduction.
Le perce-oreille commun
Terre meuble, écorces et litière en Europe · Forficula auricularia
La femelle protège sa ponte pendant l’hiver et manipule les œufs avec ses pièces buccales. Elle peut continuer à garder les jeunes après l’éclosion. Le nettoyage contribue à protéger les œufs contre les moisissures. L’humidité utile à leur développement rend aussi cette garde particulièrement importante. L’attention portée au couvain est une dépense réelle pour la femelle. Observer le comportement pendant la ponte éclaire une partie de la vie qui échappe aux captures d’adultes en été.
Environ 1 à 2 cm selon l’individu, plus court qu’un trombone.
Le lapin de garenne
Terriers de prairies et sols sableux d’Europe · Oryctolagus cuniculus
Une garenne peut comprendre de nombreuses entrées et chambres. La femelle prépare pour les petits un nid isolé garni de végétaux et de poils. Les lapereaux naissent nus et les yeux fermés. Le garnissage du nid et les visites d’allaitement de la mère sont essentiels au début de leur vie. Une entrée visible ne correspond pas forcément à un lapin. Certaines galeries communiquent ou sont peu utilisées ; crottes fraîches et passages observés complètent le comptage.
Le rat-taupe nu
Terriers des zones sèches d’Afrique de l’Est · Heterocephalus glaber
Dans les galeries, de nombreux individus coopèrent pour creuser, transporter des déblais et atteindre les réserves souterraines des plantes. Une femelle assure l’essentiel de la reproduction. Les lèvres se referment derrière les incisives, laissant les dents attaquer le sol. D’autres individus peuvent évacuer la terre le long du tunnel. L’organisation sociale a été étudiée en colonies suivies sur le long terme. La répartition des tâches change avec l’individu et le contexte ; elle ne se résume pas à des métiers fixes.
Un ouvrier adulte pèse souvent quelques dizaines de grammes et tient dans la main.
La larve de cicindèle champêtre
Galeries verticales des sols nus et sableux d’Europe · Cicindela campestris
La larve reste à l’affût dans un puits vertical. Sa tête et son thorax s’ajustent à l’entrée. Une proie qui passe trop près peut être saisie par ses mandibules. Des crochets abdominaux l’aident à s’ancrer à la paroi. Cet appui évite qu’une proie qui résiste n’entraîne la larve hors de son puits. Un sol nu n’est donc pas un sol vide. Une couverture végétale partout dense peut supprimer les petites zones ouvertes nécessaires à ce chasseur spécialisé.
Le philanthre apivore
Talus et sols sableux ensoleillés d’Europe · Philanthus triangulum
La femelle paralyse des abeilles et les apporte dans une loge creusée dans le sable. Elle pond près de cette réserve de nourriture. Des bactéries associées au philanthre produisent des substances qui protègent le cocon des microbes. Les chercheurs ont identifié des symbioses très spécialisées dans ce système. Ces protections ont été établies par l’étude des cocons et des micro-organismes. La seule observation d’une guêpe entrant avec une abeille ne révèle pas le fonctionnement de cette pharmacie miniature.
L’escargot de Bourgogne
Sols calcaires, lisières et jardins d’Europe · Helix pomatia
Avant l’hiver, cet escargot peut s’enfouir et fabriquer un épiphragme renforcé de calcaire. Ce bouchon temporaire recouvre l’ouverture de la coquille. Le ralentissement du métabolisme et la fermeture protègent les réserves et limitent les pertes d’eau. Quand les conditions redeviennent favorables, le bouchon est abandonné. Un inventaire mené uniquement en surface sous-estime donc les adultes inactifs. Les dates de sortie dépendent des conditions locales, pas seulement du calendrier.
Coquille souvent large de 3 à 5 cm, à peu près le diamètre d’une petite prune.
Le blaireau européen
Grands terriers des bois et bocages d’Europe · Meles meles
Un grand terrier peut être utilisé et agrandi longtemps. Plusieurs entrées ouvrent sur des galeries et des chambres garnies de végétaux. Les travaux de creusement et l’apport de litière transportent de la matière entre les étages du sol. Des déblais en éventail signalent les entrées actives. Le nombre de trous peut augmenter avec l’ancienneté du site sans augmentation équivalente du nombre d’occupants. Des caméras sur plusieurs entrées apportent un autre regard.
À la même échelle
À 1,5 cm, ce cloporte occupe à peu près la moitié de la longueur d’un trombone de 3 cm.
Qui transforme la feuille morte ?
Retourner une pierre révèle surtout les animaux qui aiment son humidité. Un prélèvement de litière et un suivi de terriers racontent d’autres étages. Croiser les méthodes évite de confondre ce que nous voyons avec tout ce qui vit sous nos pieds.
Sources
- Le lombric terrestre · Earthworm Ecology | Earthworm Society of Britain
- La taupe d’Europe · Mole — Mammal Society
- Le cloporte commun · Pill Woodlouse (Armadillidium vulgare) - Woodland Trust · EENY630/IN1099: Pillbug, Roly-Poly, Woodlouse Armadillidium vulgare (Latreille) (Malacostraca: Isopoda: Armadillidiidae)
- La fourmi noire des jardins · Lasius niger | BWARS · Black garden ant | Norfolk Wildlife Trust
- La courtilière commune · Courtilière commune - Gryllotalpa gryllotalpa | Biodiv'îdF - Agence Régionale de la Biodiversité
- La larve de hanneton commun · Forêts - Hanneton commun
- La lithobie à pinces · La Lithobie à pinces / Insectes n° 133
- L’iule · Initiation à la systématique et à la biologie des insectes
- Le collembole sauteur · Hypp : encyclopédie en protection des plantes - Collemboles
- Le carabe doré · jardibiodiv - Carabes
- L’araignée-loup · Wolf Spiders - The Australian Museum
- Le perce-oreille commun · jardibiodiv - Perce-oreilles
- Le lapin de garenne · European rabbit — Mammal Society
- Le rat-taupe nu · Naked mole-rat | Smithsonian's National Zoo and Conservation Biology Institute
- La larve de cicindèle champêtre · Green tiger beetle | The Wildlife Trusts
- Le philanthre apivore · Beewolfbiology - Fakultät für Biologie und Vorklinische Medizin - Universität Regensburg
- L’escargot de Bourgogne · Helix pomatia
- Le blaireau européen · European badger | The Wildlife Trusts
- Silhouette de comparaison · Christoph Schomburg · Licence