La Pérouse
La Pérouse
Une caisse quitte le navire au Kamtchatka. À l’intérieur, des papiers et des dessins qui ont déjà traversé des océans. Un jeune interprète les emporte par terre. La Pérouse reprend la mer sans lui. Personne ne sait encore lequel de ces deux chemins fera parvenir à Brest les nouvelles les plus précieuses.
En 1785, La Boussole et L’Astrolabe quittent Brest pour une grande mission scientifique voulue par Louis XVI. Les dernières nouvelles écrites viennent de Botany Bay en 1788. Il faudra près de quarante ans pour que des objets et des témoignages dirigent les recherches vers Vanikoro.
Les lettres envoyées en route et les vestiges retrouvés après le naufrage forment deux dossiers très différents. Les premières disent ce que les navigateurs voulaient apprendre. Les seconds éclairent une fin dont les survivants éventuels n’ont laissé aucun récit complet connu.
Deux navires pour connaître le monde
Le 1er août 1785, La Boussole et L’Astrolabe quittent Brest sous le commandement de La Pérouse. Louis XVI soutient cette grande mission. Les navires doivent améliorer les cartes, étudier les lieux visités et chercher de nouvelles possibilités d’échanges. La Pérouse commande La Boussole. Son compagnon Fleuriot de Langle commande L’Astrolabe. Les deux équipages apprennent à travailler de concert.
Les bâtiments transportent des instruments et des spécialistes. La qualité de la préparation nourrit de grands espoirs.
Le projet associe curiosité scientifique, prestige royal et intérêts commerciaux. Ces objectifs coexistent sans être toujours faciles à concilier.
Le piège d’une baie
En Alaska, en 1786, une reconnaissance dans la baie de Lituya tourne au drame. De violents courants emportent des embarcations et vingt et un hommes. La beauté d’un paysage ne disait rien de la force cachée de l’eau. À l’entrée étroite de la baie, la marée concentre les eaux. Une petite embarcation a peu de force contre un tel courant.
L’accident frappe une expédition qui cherche précisément à rendre la navigation plus sûre. L’observation elle-même comporte des risques.
Le commandant doit poursuivre tout en portant la responsabilité de ces pertes. Le journal de voyage devient aussi la mémoire des absents.
Sauver les nouvelles avant le retour
À plusieurs étapes, La Pérouse expédie des nouvelles. Au Kamtchatka, Barthélemy de Lesseps quitte les navires avec des documents et traverse les terres pour les rapporter en Europe. Cette séparation sauvera une partie essentielle du travail de l’expédition. Lesseps sait le russe. Cette compétence devient aussi précieuse pour les documents que le talent des pilotes pour les deux navires.
Les résultats voyagent parfois sans leurs auteurs. La transmission devient une précaution aussi importante que la collecte.
Le retour terrestre de Lesseps rappelle que l’histoire d’une expédition maritime peut dépendre d’un voyage accompli loin de ses navires.
Le messager de Sibérie
Barthélemy de Lesseps a vingt et un ans quand il se sépare des deux bâtiments au Kamtchatka en 1787. Les documents devront passer par la Sibérie avant d’atteindre la France. Pour les marins qui le voient partir, le messager s’éloigne de la belle aventure. Pour les lecteurs d’aujourd’hui, son voyage en sauve une partie.
Les ordres du capitaine tenaient compte d’une chose simple. Un journal conservé à bord partage tous les dangers du bateau.
Les archives scientifiques peuvent dépendre d’une décision de logistique. Faire circuler plusieurs envois réduit le risque qu’un unique accident emporte à la fois les observateurs et leurs observations.
Les dernières lettres d’Australie
En 1788, La Pérouse atteint Botany Bay, en Australie. Il confie de nouveaux documents avant de repartir. Après cette escale, le silence s’installe. En France, on attend des navires dont personne ne connaît encore le sort. Un paquet de lettres embarqué sur un autre bâtiment a désormais son propre destin. C’est le seul moyen d’expédier des nouvelles.
Les courriers conservés permettront de publier une partie du voyage malgré l’absence de ses principaux acteurs.
Le silence ne fournit pas d’explication. Pendant longtemps, les hypothèses dépassent les preuves disponibles.
Des indices sur une île lointaine
En 1827, Peter Dillon rassemble des preuves reliant le naufrage à Vanikoro. Dumont d’Urville s’y rend ensuite. Les récifs ont brisé les deux navires. Les recherches archéologiques préciseront beaucoup plus tard ce qui s’est passé à terre et sous l’eau. Le lieu se dessine grâce à des habitants qui connaissent les récifs et l’histoire des objets trouvés sur leurs rivages.
Des témoignages locaux et des objets conservés jouent un rôle majeur. La réponse ne vient pas uniquement des archives européennes.
L’enquête avance en confrontant les traces. L’identification du lieu ne résout pas à elle seule le destin de chaque survivant.
Qui connaît cette pièce de métal ?
Dans les années 1820, Peter Dillon s’intéresse aux objets européens qui circulent dans les îles du Pacifique. Il questionne les habitants et suit la piste jusqu’à Vanikoro. Une fois là, il peut rapprocher des pièces de navire des récits d’un ancien naufrage. Pour la première fois, le silence des deux frégates reçoit une explication solidement située.
Un objet seul ne donne guère d’adresse. Il faut savoir où il a été trouvé et par quelles mains il a circulé.
L’enquête a besoin de personnes capables de traduire et de reconnaître les lieux. L’attribution faite par les chercheurs tient à la rencontre entre mémoire locale, objets et descriptions conservées en Europe.
Une disparition qui laisse un savoir
La Pérouse n’est jamais revenu, mais son travail n’a pas entièrement sombré. Les documents expédiés, les récits conservés et les fouilles rendent une partie de son voyage accessible. L’aventure se prolonge dans une enquête qui n’autorise pas toutes les certitudes. Dans les archives, un lecteur peut encore observer ce que voyait un dessinateur de l’expédition avant de quitter l’Alaska ou le Pacifique.
Son histoire donne une valeur particulière aux gestes de transmission accomplis avant que le danger soit connu.
Le mystère attire ; les documents donnent de la profondeur. Raconter La Pérouse, c’est tenir ensemble la force d’un projet et les limites de ce que nous pouvons retrouver.
Des dessinateurs dans l’équipage
Avant la photographie, il faut quelqu’un pour dessiner ce que le navire observe. Un profil de côte peut aider un pilote. La vue d’une habitation ou d’un objet ouvre une question que les mots du journal ne suffisent pas à poser. Parmi les feuilles remises au messager figurent des dessins dont nous disposons encore.
Un dessin sélectionne des détails et choisit un point de vue. Le comparer aux autres travaux de l’expédition permet de comprendre à la fois ce que l’auteur a voulu montrer et ce qu’il ne pouvait connaître.
Ce que les récifs ont gardé
Départ de Brest.
Drame de la baie de Lituya.
Départ de Lesseps puis dernières lettres d’Australie.
Enquête de Dillon à Vanikoro.
Les recherches entreprises à Vanikoro ont identifié les sites des épaves. Des fouilles à terre ont aussi livré des traces d’installation après le naufrage. Cela donne un début de réponse sur certains rescapés. Le sort individuel de tous les membres de l’expédition échappe encore aux enquêteurs.
Le mystère se réduit à mesure que les indices convergent. La bonne habitude consiste à distinguer le lieu du naufrage, solidement établi, et la suite des événements, où subsistent des inconnues.
Ce que l’aventure nous laisse
L’aventure a laissé trois chemins différents. Celui des bateaux se termine sur un récif. Celui du messager mène à des classeurs pleins de dessins. Celui des enquêteurs repart des îles et de leurs habitants. Il faut suivre les trois pour retrouver ce qui reste du voyage de La Pérouse.
1. Qu’aurions-nous perdu sans les envois du voyage ?
2. Quel rôle attribuer aux habitants des îles dans l’enquête ?
3. Quelle différence fais-tu entre localiser une épave et connaître le sort d’un homme ?