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11+ · Littérature

Guy de Maupassant (1850–1893)

Guy de Maupassant
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Un pays qui ne se réduit pas à un paysage

Guy enfant sur la plage de galets en Normandie.

Guy de Maupassant naît le 5 août 1850 au château de Miromesnil, à Tourville-sur-Arques, près de Dieppe. Après la séparation de ses parents, il vit notamment à Étretat avec sa mère Laure et son frère Hervé. La côte normande entrera dans ses livres avec ses falaises et ses barques, mais aussi avec ses pêcheurs, ses propriétaires et ses paysans. Deux personnes partagent parfois le même chemin sans vivre dans le même monde : selon qu’on possède le champ voisin ou qu’on y travaille, on n’y voit pas la même chose.

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La leçon de Flaubert

Le jeune Maupassant fait lire ses pages à Gustave Flaubert.

Après l’institution religieuse d’Yvetot, dont il est renvoyé en 1868, Guy étudie à Rouen et obtient le baccalauréat en 1869. Le poète Louis Bouilhet encourage ses débuts ; Gustave Flaubert, proche de sa famille, devient ensuite son maître en écriture. Plus tard, Maupassant expliquera l’exercice de Flaubert : observer assez longtemps un être ou un objet pour y découvrir ce que personne d’autre n’a encore remarqué. Le résultat attendu est précis. Le passant décrit doit pouvoir être distingué de tous les passants du même trottoir.

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Le bureau après la guerre

Maupassant à son bureau au ministère.

En 1870, Maupassant sert dans l’intendance, qui s’occupe notamment du ravitaillement des troupes. Il voit la déroute française en Normandie. Deux ans plus tard, il entre au ministère de la Marine à Paris ; en 1878, il passe à l’Instruction publique. Loin d’être une simple parenthèse avant la gloire, ces années lui donnent un observatoire des hiérarchies ordinaires : des bureaux, des chefs, des carrières qui dépendent d’un avancement. Le personnage d’un récit n’a pas besoin de commander une armée pour redouter le jugement de son supérieur.

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Ce qu’on entend d’une barque

Maupassant rame sur la Seine près de Paris.

Dès 1873, le jeune employé va canoter sur la Seine, d’abord à Argenteuil, puis à Bezons. Le fleuve sera tantôt un lieu de liberté, tantôt, dans ses contes, une eau sombre qui dissimule ce qui passe dessous. Dans les années 1870, il fréquente Flaubert et, chez lui, des écrivains comme Zola et Tourgueniev. Il essaie plusieurs signatures avant de s’imposer sous son nom. La Main d’écorché, publiée en 1875, est signée Joseph Prunier. Le futur maître de la nouvelle commence par des poèmes, du théâtre et des essais de récit fantastique.

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L’histoire d’un panier qui se vide

Une diligence roule dans la Normandie enneigée de Boule de suif.

En avril 1880, Boule de suif ouvre à Maupassant un large public dans le recueil collectif Les Soirées de Médan. Une diligence transporte dix personnes pendant l’occupation de la Normandie en 1870. Une voyageuse méprisée par les autres est la seule à avoir prévu des provisions. Au début, les passagers affamés acceptent de manger avec elle. À la fin, ils ont de quoi se nourrir et la laissent seule à pleurer. Deux repas suffisent à rendre leur hypocrisie visible sans discours du narrateur. Flaubert salue le récit ; il meurt le 8 mai 1880, quelques semaines après sa publication.

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Des colonnes de journal aux saisons d’Une vie

Jeanne, l’héroïne d’Une vie, regarde la côte normande.

Maupassant gagne désormais sa vie dans la presse et les livres. Une nouvelle doit souvent tenir dans l’espace d’un journal : une situation, un détail qui résiste et un dénouement peuvent suffire. Le roman Une vie, paru en 1883, exige un autre rythme. Jeanne sort du couvent, pleine d’attentes, puis voit vieillir les siens et s’user ses propres illusions. Un été peut remplir plusieurs pages ; des années, se refermer en quelques lignes. Le romancier montre ce que l’attente fait au temps, sans avoir à raconter tous les jours de son héroïne.

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L’argent, la presse et Georges Duroy

Georges Duroy, personnage de Bel-Ami, sur un boulevard parisien.

Bel-Ami paraît en 1885. Georges Duroy, ancien sous-officier sans fortune, retrouve à Paris son camarade Forestier, devenu journaliste. Il entre ainsi au journal fictif La Vie française. Son premier article lui pose un problème assez banal : assis devant la feuille, il ne sait pas comment commencer. Madeleine Forestier, bien plus habile que lui, l’aide à l’écrire. La scène éclaire toute son ascension : le nom que le public lit au bas d’un article n’est pas nécessairement celui de la personne qui en a produit les idées.

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Le doute dans une carafe

Une carafe et un verre près de la fenêtre : le mystère du Horla.

Maupassant publie Le Horla en 1886, puis en 1887 une version construite comme un journal personnel. Les dates donnent à l’inquiétude un air de relevé expérimental. Le narrateur dispose de l’eau et du lait, examine ce qui a disparu et tente d’en déduire la présence d’un être invisible. Mais le lecteur ne connaît les observations que par l’homme qui se sent menacé. Comment contrôler le témoin quand il est aussi le seul narrateur ? C’est ainsi qu’un écrivain attentif au réel peut produire du fantastique sans faire apparaître un seul monstre.

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Un nom entre la mer et le papier

Un voilier de Maupassant sur la Méditerranée.

Maupassant achète en 1886 un premier voilier qu’il baptise Bel-Ami. Dans Sur l’eau, publié en 1888, le voyage le long de la côte méditerranéenne donne aux paysages un rythme qui dépend du vent. Il publie aussi Pierre et Jean. Dans le texte sur le roman placé en tête du livre, il explique que raconter la réalité suppose de choisir. Un récit reproduisant chaque détail d’une journée serait encombré d’incidents sans portée. L’art consiste à composer avec des détails assez justes pour que l’on croie à l’ensemble. En 1889, il achète un second voilier, lui aussi baptisé Bel-Ami.

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Une fin de vie interrompue par la maladie

Un fauteuil vide dans le jardin d’une maison de santé évoque la fin de sa vie à Passy.

À la fin des années 1880, puis au début des années 1890, sa santé se dégrade. Il peine à travailler et laisse L’Angélus inachevé. En janvier 1892, à Cannes, il tente de se suicider en se blessant à la gorge. Il survit et est interné dans la maison de santé du docteur Blanche, à Passy. Il y meurt le 6 juillet 1893, à quarante-deux ans. Lire Le Horla comme le simple compte rendu de cette fin tragique serait une erreur : les deux versions du récit, différentes et soigneusement construites, avaient paru plusieurs années auparavant.

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Sources

  • Marlo Johnston, Les Amis de Flaubert et de Maupassant — Chronologie biographique — https://www.amis-flaubert-maupassant.fr/guy-de-maupassant/biographie/
  • Guy de Maupassant — Boule de suif, dans Les Soirées de Médan (1880)
  • Guy de Maupassant — Une vie (1883) ; Bel-Ami (1885)
  • Guy de Maupassant — Le Horla (versions de 1886 et 1887) ; Sur l’eau (1888)
  • Guy de Maupassant — Le Roman, en tête de Pierre et Jean (1888)
  • Catalogue collectif de France, BnF — Lettre du docteur Blanche, 16 janvier 1892 — https://ccfr.bnf.fr/portailccfr/ark%3A/16871/004b1550583
  • Archives municipales de Cannes — Le premier Bel-Ami et la navigation de Maupassant — https://expos-historiques.cannes.com/cannes-et-la-mer/nautisme-et-croisieres
  • Les Amis de la Maison Fournaise — Les yachts Bel-Ami, d’après les actes de vente — https://amisfournaisechatou.com/wp-content/uploads/2018/01/association_amis_maison_fournaisebulletin_3.pdf
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