Ernest Shackleton
Un bateau prisonnier
Le bois craque. Autour de l’Endurance, les plaques de glace se pressent et soulèvent le navire. Nous sommes en octobre 1915, près de l’Antarctique. À bord, vingt-huit hommes comprennent que leur bateau va les abandonner.
Le chef de l’expédition s’appelle Ernest Shackleton. Il voulait accomplir un grand voyage. Désormais, une seule chose compte : ramener ses compagnons vivants.
Le rêve du grand Sud
Revenons au départ. En 1914, Shackleton prépare une expédition britannique. Né en Irlande, cet ancien marin connaît déjà le froid de l’Antarctique. Il veut traverser le continent en passant par le pôle Sud.
L’Endurance doit déposer les voyageurs sur une côte. Ils poursuivront ensuite sur la glace. Mais, en janvier 1915, la mer se referme autour du navire. Le voyage à pied n’a même pas commencé.
Ce qu’on peut encore sauver
Pendant des mois, les hommes ont attendu à bord. À présent, la coque se brise. Le 27 octobre, il faut quitter le navire. On descend les provisions, les tentes, les outils et surtout les trois canots.
Le bateau finit par couler en novembre. Sous leurs pieds, les hommes n’ont plus qu’une plaque de glace qui dérive sur l’océan. Ils ont sauvé des affaires précieuses. Reste à sauver l’équipe.
Un banjo dans les bagages
Comment tenir quand personne ne sait quand le voyage finira ? Il faut préparer les repas, réparer le matériel, surveiller la glace.
Shackleton donne un rythme aux journées.
Les hommes chanteront encore avec lui jusque sur l’île de l’Éléphant. Dans le froid et l’attente, rire ensemble aide à tenir.
Enfin, une terre !
En avril 1916, la glace se disloque. Les vingt-huit hommes embarquent dans leurs trois canots. Ils rament, hissent leurs voiles et cherchent un passage entre les blocs. Le froid et les vagues les épuisent.
Le 15 avril, ils atteignent l’île de l’Éléphant. Quel bonheur de poser le pied sur une vraie terre ! Pourtant, l’île est déserte. Aucun bateau ne vient régulièrement y faire escale.
Le savoir-faire du charpentier
Il existe des stations de pêche à la baleine en Géorgie du Sud, une île très lointaine. Pour les rejoindre, Shackleton choisit le James Caird, un canot d’environ sept mètres.
Le charpentier Harry McNish renforce le petit bateau et lui ajoute un pont de bois et de toile. Ses mains savent faire beaucoup avec peu.
Le 24 avril, Shackleton et cinq compagnons prennent la mer. Frank Wild reste avec les vingt-deux autres.
Trouver une île dans l’océan
Les vagues passent par-dessus le canot. Il faut retirer l’eau, tenir la barre et protéger les provisions. Les vêtements sont trempés. Le repos est minuscule.
Le navigateur Frank Worsley cherche le Soleil entre les nuages. Avec ses instruments et ses calculs, il estime la position du bateau. Sans lui, les six hommes pourraient manquer l’île. Après plus de deux semaines, ils réussissent à débarquer en Géorgie du Sud.
La dernière barrière
Ils ont atteint la bonne île… du mauvais côté. Les stations sont au-delà des montagnes. Le canot et les hommes sont trop éprouvés pour un nouveau détour en mer.
Shackleton, Worsley et Tom Crean partent à pied. Ils franchissent des pentes de neige et cherchent leur passage entre les glaciers.
Après environ trente-six heures, ils arrivent à la station de Stromness, le 20 mai. Enfin, quelqu’un peut les aider !
Ceux qui attendent
Sur l’île de l’Éléphant, vingt-deux hommes regardent toujours la mer.
Frank Wild organise leur vie dans un abri construit avec les deux canots retournés. On partage les tâches et les repas.
Shackleton essaie de revenir. Une première tentative échoue, puis d’autres : la glace barre le passage. Les semaines s’allongent.
Pourtant, il continue à chercher un bateau capable d’approcher ses hommes.
Un navire à l’horizon
Le 30 août 1916, un petit navire apparaît enfin : le Yelcho. Il vient du Chili, commandé par Luis Pardo. Shackleton est à bord. Cette fois, la mer leur laisse un passage.
Les vingt-deux hommes embarquent. Avec les six partis chercher du secours, les vingt-huit de l’Endurance sont tous vivants. Shackleton n’a pas traversé l’Antarctique. Il a tenu jusqu’au retour de ses compagnons.