Antoine de Saint-Exupéry (1900–1944)

Le vélo reste sur le terrain

Antoine de Saint-Exupéry naît à Lyon le 29 juin 1900. Il perd son père lorsqu’il est encore tout petit. Dans la maison familiale de Saint-Maurice-de-Rémens, il peut dessiner, bricoler et surtout enfourcher son vélo pour gagner le terrain d’Ambérieu. En 1912, un pilote l’emmène voler. Il a douze ans. Regarder une machine monter dans le ciel était une chose ; sentir le sol se dérober en est une autre. Pourtant, son avenir ne va pas en ligne droite jusqu’à un cockpit : après ses études, il tente le concours de l’École navale, sans succès.
Du brevet à la première page

Pendant son service militaire, commencé en 1921 à Strasbourg, Antoine prend des leçons de pilotage. Il obtient ses brevets, connaît un accident et travaille quelque temps loin de l’aviation. Ce détour explique une particularité de son œuvre : il n’attend pas d’avoir une carrière d’écrivain pour se faire pilote, ni d’avoir raccroché son casque pour écrire. En 1926 paraît L’Aviateur, un court récit. La même année, à Toulouse, il entre comme pilote au service des lignes Latécoère.
Une escale entre deux immensités

Les lettres doivent rejoindre leurs destinataires même là où les voies ferrées s’arrêtent. L’Aéropostale, née en 1927 de la reprise des lignes Latécoère, s’appuie sur une chaîne d’escales. À Cap Juby, sur la côte atlantique du Sahara, Saint-Exupéry devient chef d’aéroplace. Il accueille les équipages, veille au passage du courrier et prend part aux secours. Le plus difficile n’est pas toujours de voler : une panne à l’écart de la ligne oblige à négocier, chercher et attendre. C’est dans cet isolement qu’il travaille à Courrier sud, publié en 1929.
La montagne ne rend pas les hommes à l’heure

En 1929, à Buenos Aires, il prend la direction de l’exploitation d’Aeroposta Argentina. Il prépare des liaisons vers la Patagonie. En juin 1930, le pilote Henri Guillaumet doit se poser dans la neige des Andes. Saint-Exupéry participe aux recherches ; Guillaumet, lui, rejoint les hommes après cinq jours de marche. En Argentine, Antoine rencontre également l’artiste salvadorienne Consuelo Suncín. Ils se marient en France en 1931. Vol de nuit, prix Femina cette même année, pose une question inconfortable : au sol, de quel droit un chef exige-t-il d’un autre le courage de traverser un orage ?
Deux hommes dans l’immensité

Fin décembre 1935, Saint-Exupéry et son mécanicien André Prévot tentent de battre le record de vitesse entre Paris et Saïgon, aujourd’hui Hô Chi Minh-Ville. Leur Caudron Simoun s’écrase dans le désert égyptien. Ils sortent vivants de la cabine, mais un homme à pied ne traverse pas le désert comme un avion. Après plusieurs jours de soif, ils doivent leur salut à une rencontre avec des Bédouins. En 1938, un accident au Guatemala blesse gravement Antoine. Terre des hommes, paru en 1939, fait de ces épreuves autre chose qu’une suite d’exploits : le survivant se rappelle surtout ceux qui lui ont tendu la main.
Que rapporter d’Arras ?

Mobilisé en 1939 au groupe de reconnaissance 2/33, Saint-Exupéry pilote un Bloch 174 pendant la campagne de France. Le 23 mai 1940, son équipage est envoyé au-dessus du secteur d’Arras. Il faut observer les positions ennemies et ramener des renseignements, malgré les tirs. Mais à quoi sert une photographie si l’armée qui en a besoin recule plus vite que le renseignement ne circule ? C’est la question douloureuse qui affleure dans son récit de la défaite. Après l’armistice, il quitte la France et gagne les États-Unis.
Deux livres écrits loin de la France

De 1941 à 1943, Saint-Exupéry vit en exil à New York. Pilote de guerre, publié en 1942, ramène ses lecteurs au-dessus d’Arras. Parallèlement, il invente Le Petit Prince. Un aviateur en panne écoute un enfant qui a laissé une rose sur sa planète. Le renard, la rose et les grandes personnes trop occupées obligent le lecteur à se demander à quoi il tient. Saint-Exupéry dessine, peint à l’aquarelle, rature et recommence. Les brouillons, aujourd’hui conservés à New York, portent des taches de café. Le livre paraît là-bas au printemps 1943, en français et en anglais.
Traverser l’Atlantique dans l’autre sens

Écrire aux Américains ne suffit plus à Saint-Exupéry. Il veut quitter les États-Unis, voler à nouveau et combattre les Allemands. Il multiplie les démarches pour repartir en service. Au printemps 1943, il rejoint en Afrique du Nord son ancienne unité, le groupe 2/33. Les pilotes ne volent plus comme au-dessus d’Arras. Ils apprennent à utiliser la version photographique du Lockheed P-38 Lightning, rapide et exigeante. L’expérience du courrier postal ne donne pas automatiquement le droit d’en prendre les commandes.
Obtenir une seconde chance

Le pilote approche de ses quarante-trois ans et son corps porte les traces de ses accidents. Les responsables le jugent trop âgé pour le P-38. Saint-Exupéry insiste et obtient une dérogation. Le 21 juillet 1943, il effectue une mission de reconnaissance ; le 1er août, un accident à l’atterrissage entraîne sa suspension. Il pourrait en rester là. Il demande au contraire à reprendre sa place. En mai 1944, il retrouve le groupe en Sardaigne. Seul à bord, il doit à la fois tenir son cap, surveiller le ciel et faire fonctionner les appareils photographiques.
La trace qui demeure

Le 31 juillet 1944, à quarante-quatre ans, il décolle de Borgo, en Corse, pour une reconnaissance vers Grenoble et Annecy. Il disparaît au cours de la mission. Des décennies plus tard, l’identification de débris de son appareil au large de Marseille établit son lieu de chute. Elle ne démontre pas ce qui l’a provoquée. Le Petit Prince paraît en France en 1946 : les enfants qui le découvrent alors connaissent son aviateur de papier avant de connaître l’histoire du pilote disparu.
Un autre manuscrit inachevé, Citadelle, paraît en 1948.
Sources
- Succession Antoine de Saint Exupéry — Biographie — https://www.antoinedesaintexupery.org/la-biographie/
- Succession Antoine de Saint Exupéry — Un carnet de vol retrouvé — https://www.antoinedesaintexupery.org/archives/un-carnet-de-vol-retrouve/
- Succession Antoine de Saint Exupéry — Henri Guillaumet — https://www.antoinedesaintexupery.org/personne/henri-guillaumet-1902-1940/
- Succession Antoine de Saint Exupéry — Consuelo Suncín — https://www.antoinedesaintexupery.org/personne/consuelo-son-epouse-1901-1979/
- Succession Antoine de Saint Exupéry — La mission sur Arras — https://www.antoinedesaintexupery.org/archives/70e-anniversaire-de-la-mission-sur-arras/
- Succession Antoine de Saint Exupéry — Le raid Paris–Saïgon de 1935 — https://www.antoinedesaintexupery.org/personne/paris-saigon-1935/
- Succession Antoine de Saint Exupéry — New York — https://www.antoinedesaintexupery.org/lieux/new-york/
- The Morgan Library & Museum — Le manuscrit du Petit Prince — https://www.themorgan.org/literary-historical/131761
- Ministère des Armées — Saint-Exupéry, aviateur et agent du renseignement — https://www.defense.gouv.fr/drm/actualites/serie-memoire-du-renseignement-militaire-episode-1-antoine-saint-exupery-aviateur-poete-agent-du
- Aéro-Relic — Identification du F-5B de l’île de Riou — https://www.aero-relic.org/index.php/le-f-5b-lightning-de-lile-du-riou-bouches-du-rhone-france/