Animaux des airs
Les animaux des airs
Changer d’altitude, utiliser une ascendance ou battre des ailes à grande fréquence sont autant de choix énergétiques. Enregistreurs miniatures et observations au sol n’en révèlent pas les mêmes aspects.
Le faucon pèlerin
Falaises, villes et grands espaces sur plusieurs continents · Falco peregrinus
Depuis un point élevé, il repère un oiseau en vol. Pendant le piqué, la gravité l’accélère. Il peut poursuivre sa proie après le premier passage. Certaines mesures dépassent 300 km/h en piqué. Elles ne décrivent pas sa vitesse habituelle en vol horizontal. La forme du corps et l’angle de descente changent la traînée. Pour comparer des mesures, il faut savoir si l’on suit l’oiseau par rapport au sol ou à l’air. Un vent favorable modifie la première vitesse sans fournir un nouvel effort musculaire.
L’hirondelle rustique
Campagnes et bâtiments ouverts d’Europe, hivernage surtout en Afrique · Hirundo rustica
Dans une grange accessible, le couple assemble des boulettes de boue et des fibres pour former une coupe. Dehors, il chasse les insectes en vol. Construire le nid exige à la fois une surface d’appui, une entrée dégagée et de la terre humide. Un bâtiment accueillant ne suffit pas si toute la boue accessible a séché. Les variations de succès à la reproduction peuvent venir du site de nid ou des insectes disponibles. Les compter séparément évite d’attribuer toutes les pertes à une seule cause.
Le martinet noir
Ciel d’Europe en été, migration et hivernage en Afrique · Apus apus
Des enregistreurs miniatures ont révélé que certains martinets restent en l’air presque toute la période séparant deux saisons de reproduction. Ils capturent leurs proies au passage. Les capteurs enregistrent mouvement et lumière. Chez certains individus suivis, aucun atterrissage n’a été détecté pendant environ dix mois. D’autres se sont parfois posés. L’équipement est récupéré au retour des oiseaux. La conclusion porte donc d’abord sur les individus dont on a pu relire les données. Le nombre de mois n’est pas une obligation pour chaque martinet.
Environ 40 cm d’envergure, plus qu’une règle d’école.
Le colibri à gorge rubis
Fleurs d’Amérique du Nord et d’Amérique centrale · Archilochus colubris
Le colibri fait pivoter ses ailes très vite. Il peut garder la tête presque fixe devant une fleur et reculer pour en sortir. Il mange aussi de petits arthropodes. Ses muscles soutiennent un vol stationnaire coûteux. Le nectar apporte des sucres rapidement utilisables, les petites proies apportent d’autres nutriments. L’énergie accumulée avant la migration compte davantage que le poids d’un seul repas. Peser plusieurs fois un individu dans des conditions comparables aide à distinguer réserve et variation momentanée.
Environ 7 à 9 cm et 2 à 6 g. Une pièce de 2 euros, à 8,5 g, est plus lourde.
L’effraie des clochers
Paysages ouverts et bâtiments d’Europe · Tyto alba
La collerette de plumes dirige des sons vers les oreilles. L’effraie repère des proies cachées et avale souvent de petits rongeurs entiers. Les parties mal digérées, comme les poils et les os, sont rassemblées puis régurgitées en pelotes. Examiner ces pelotes renseigne sur les proies locales. Une pelote donne un échantillon du menu de la chouette. Elle surreprésente les proies que l’oiseau capture et les os qui résistent à la digestion. Elle ne recense donc pas tous les mammifères du champ.
Le canard colvert
Mares, lacs et rivières de l’hémisphère Nord · Anas platyrhynchos
Il bascule vers l’avant pour atteindre graines et petits invertébrés. Les lamelles de son bec aident à séparer la nourriture de l’eau et de la vase. Ce canard de surface profite des bordures peu profondes. Un lac profond entouré de parois raides n’offre pas les mêmes zones d’alimentation qu’une berge douce. Les regroupements d’hiver changent avec le gel et les ressources locales. Un comptage sur un seul plan d’eau peut donc enregistrer un déplacement plutôt qu’une variation de toute la population.
L’albatros hurleur
Vents et houles de l’océan Austral · Diomedea exulans
Au ras de la mer, le vent change de vitesse avec la hauteur. L’albatros enchaîne des montées et des descentes qui exploitent ces différences pour prolonger le vol. Avec le vol dynamique, la trajectoire et la direction du vent comptent autant que la longueur des ailes. En l’absence de conditions favorables, les battements redeviennent nécessaires. Les balises permettent de comparer trajets et champs de vent. Elles révèlent aussi des recouvrements avec certaines pêcheries, où des dispositifs adaptés aux lignes peuvent réduire les captures accidentelles.
Environ 2,7 à 3,5 m d’envergure et souvent 8 à 10 kg : des ailes plus larges qu’un canapé.
Le flamant rose
Lagunes et étangs peu profonds d’Europe, d’Afrique et d’Asie · Phoenicopterus roseus
Le flamant plonge le bec retourné dans l’eau. Avec sa langue et les lamelles du bec, il filtre de petits organismes. La nourriture contribue aussi à la couleur du plumage. Les pigments caroténoïdes viennent de l’alimentation. Un jeune ne quitte pas l’œuf avec le plumage rose intense d’un adulte. La profondeur de la lagune règle l’accès aux zones d’alimentation. Une surface d’eau encore étendue peut devenir trop profonde ou trop sèche pour que les oiseaux s’y nourrissent efficacement.
Un grand adulte approche 1,5 m debout, la taille d’un jeune adolescent.
Le machaon
Prairies, jardins et lisières d’Europe et d’Asie · Papilio machaon
La chenille se nourrit notamment de feuilles d’ombellifères. Si elle est inquiétée, elle peut déployer derrière la tête un organe fourchu à odeur forte. Cet organe rétractile, l’osméterium, est propre à la chenille. L’adulte, muni d’ailes et d’une trompe, utilise d’autres ressources que la larve. Un pré fleuri peut nourrir l’adulte sans fournir les plantes dont ses chenilles ont besoin. Maintenir les deux ressources permet d’accueillir le cycle entier.
Souvent 6 à 9 cm d’envergure, environ la longueur d’une carte bancaire.
L’abeille domestique
Paysages fleuris et colonies en cavités ou en ruches · Apis mellifera
Une butineuse danse sur le rayon. La partie frétillante de sa danse transmet des indications sur la direction et la distance d’une ressource intéressante. Sur un rayon vertical, l’angle du trajet frétillant par rapport à la verticale correspond à la direction à suivre par rapport au Soleil. Sa durée renseigne sur la distance. Les autres abeilles utilisent aussi les odeurs et leurs souvenirs du paysage. La danse renseigne sur un secteur à prospecter, sans constituer un plan détaillé de chaque fleur.
Une ouvrière mesure environ 1 à 1,5 cm et pèse de l’ordre de 0,1 g.
La libellule empereur
Mares et étangs d’Europe et régions voisines · Anax imperator
La larve aquatique saisit des proies avec une pièce buccale articulée repliée sous sa tête. À la fin de sa croissance, elle sort de l’eau et laisse son enveloppe sur une tige. Ce « masque » est une lèvre inférieure transformée qui se déploie vers l’avant. L’adulte ailé saisit ses proies d’une autre façon, souvent au vol. Les enveloppes vides sur les tiges prouvent qu’une larve a achevé son développement sur place. Un adulte en vol peut simplement être de passage.
L’adulte mesure autour de 7 à 8 cm, plus court qu’un crayon.
La grande roussette
Forêts et vergers d’Asie du Sud-Est · Pteropus vampyrus
Sa silhouette de renard lui vaut le surnom de renard volant. Ses ailes sont des membranes tendues entre des doigts très allongés. Elle repère notamment les arbres fruitiers grâce à ses sens de la vue et de l’odorat. Les déplacements nocturnes relient plusieurs arbres. Selon les fruits transportés ou avalés, la chauve-souris peut disperser des graines hors de l’arbre d’origine. Un arbre-dortoir accueille des individus qui se nourrissent parfois assez loin. Sa conservation dépend donc aussi de l’accès aux sites de nourrissage environnants.
Environ 0,6 à 1,1 kg. Ses ailes peuvent approcher 1,5 m d’envergure, presque la taille d’un adolescent.
La grue cendrée
Marais et couloirs migratoires d’Eurasie · Grus grus
En voyage, les grues volent en groupes et peuvent se réorganiser en lignes obliques ou en V. Elles utilisent aussi l’air ascendant pour prendre de la hauteur. Entre les étapes migratoires, les zones humides servent souvent de dortoirs et les champs de zones de nourrissage. Le même voyage demande ces deux types de halte. Compter les passages sur un axe étroit aide à suivre les flux. Le vent peut cependant déplacer la route et faire varier les nombres vus d’un poste fixe.
La sterne arctique
Des régions de reproduction nordiques à l’océan Austral · Sterna paradisaea
Des sternes qui nichent dans le Nord passent la saison suivante près de l’Antarctique. Leurs itinéraires suivent les vents et les ressources plutôt qu’un simple trait droit. Des géolocalisateurs légers ont révélé des voyages annuels de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. Les distances diffèrent selon les populations et les détours. Les appareils qui mesurent la luminosité estiment des positions avec une marge d’erreur. Ils révèlent très bien l’échelle du trajet, moins précisément tous les arrêts de courte durée.
Environ 30 à 40 cm de long, queue comprise.
Le moro-sphinx
Jardins, prairies fleuries et lisières d’Europe · Macroglossum stellatarum
Ce papillon vole sur place devant les fleurs, souvent en plein jour. Il aspire le nectar sans s’installer sur un pétale. Sa trompe se déroule pour atteindre le liquide et s’enroule lorsqu’elle n’est plus utilisée. L’observation de ce geste et des antennes distingue le papillon d’un jeune oiseau. La ressemblance avec le colibri vient d’une même tâche : accéder au nectar en restant devant la fleur. Les ailes et les structures buccales des deux animaux ont pourtant des origines très différentes.
Environ 4 à 5 cm d’envergure, moins que la largeur d’une main.
La cigogne blanche
Prairies humides et routes migratoires d’Europe et d’Afrique · Ciconia ciconia
Au-dessus d’un sol chauffé, une colonne d’air peut s’élever. La cigogne y gagne de la hauteur avant de glisser vers l’ascendance suivante. Ces thermiques se forment surtout au-dessus des terres. De nombreuses cigognes empruntent donc des passages où la traversée maritime est courte. Le suivi de groupes montre que les oiseaux n’exploitent pas tous une ascendance de la même façon. Leur expérience, leurs voisins et la météo modifient le coût de la migration.
Le vautour fauve
Falaises et espaces ouverts d’Europe méridionale et régions voisines · Gyps fulvus
En exploitant les ascendances, il inspecte de vastes surfaces sans battre continuellement des ailes. Les autres vautours qui descendent indiquent aussi où chercher. En consommant les tissus mous des carcasses, ces nécrophages déplacent et recyclent une partie importante de la matière animale. Des substances toxiques présentes dans une carcasse peuvent atteindre plusieurs oiseaux d’un coup. Surveiller cette ressource complète donc la protection des falaises de nidification.
Environ 2,4 à 2,8 m d’envergure, davantage que deux enfants de 1,20 m mis bout à bout.
L’oie à tête barrée
Plateaux et vallées d’Asie centrale, routes himalayennes · Anser indicus
Des suivis ont montré des vols à très haute altitude. Les oies épousent aussi le relief et redescendent dans les vallées au lieu de rester constamment au plus haut. L’oxygène est moins disponible en altitude et l’air moins dense impose d’autres efforts de vol. Utiliser les reliefs et choisir ses heures font partie de la performance. Des capteurs de hauteur, de battements et de fréquence cardiaque ont révélé une stratégie en « montagnes russes ». Le point culminant d’un trajet ne décrit pas son altitude habituelle.
À la même échelle
Un colibri de 8,5 cm, bec et queue compris, a presque la longueur d’une carte bancaire.
Ce que coûte un battement d’ailes
Les balises enregistrent une trajectoire et parfois des battements ou une accélération. Interpréter une économie d’énergie exige aussi de connaître le vent. Deux trajets identiques sur une carte peuvent donc représenter des efforts très différents.
Sources
- Le faucon pèlerin · Peregrine Falcon | The Peregrine Fund
- L’hirondelle rustique · Barn Swallow Life History, All About Birds, Cornell Lab of Ornithology
- Le martinet noir · Annual 10-Month Aerial Life Phase in the Common Swift Apus apus | Lund University Publications
- Le colibri à gorge rubis · Ruby-throated Hummingbird Overview, All About Birds, Cornell Lab of Ornithology · Ruby-throated Hummingbird Identification, All About Birds, Cornell Lab of Ornithology
- L’effraie des clochers · Barn Owl pellet dissection and analysis
- Le canard colvert · Mallard | Audubon Field Guide
- L’albatros hurleur · Albatrosses - British Antarctic Survey · Wandering albatross – Australian Antarctic Program
- Le flamant rose · Flamingo | San Diego Zoo Animals & Plants
- Le machaon · 28PAPILIONIDAEMachaonPapilio machaonProtocoles
- L’abeille domestique · The Honey Bee Dance Language | NC State Extension Publications
- La libellule empereur · Anisoptera (sous-ordre, larves) | DORIS
- La grande roussette · Pteropus vampyrus (large flying fox) | INFORMATION | Animal Diversity Web
- La grue cendrée · La migration vue du ciel - LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) - Agir pour la biodiversité
- La sterne arctique · Tracking of Arctic terns Sterna paradisaea reveals longest animal migration - PubMed
- Le moro-sphinx · Moro-Sphinx (Le) - Macroglossum stellatarum | Biodiv'Écrins - Parc national des Écrins
- La cigogne blanche · Does weather shape how storks group? | Max Planck Institute of Animal Behavior
- Le vautour fauve · Vautour fauve - LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) - Agir pour la biodiversité
- L’oie à tête barrée · The roller coaster flight strategy of bar-headed geese conserves energy during Himalayan migrations - Bangor University
- Silhouette de comparaison · Andy Wilson · Licence